V, — DEVOIRS DES FRÈRES ET SOEURS ENTRE EUX
Les frères et sœurs ont entre eux des devoirs que détermine aisément la nature des rapports qui les unissent. Ces rapports sont des plus étroits : communauté de sang, de nom, d'intérêts, d'éducation, communauté d'affection à l'égard des parents; plus tard, communauté de ces souvenirs et de ces impressions d'enfance, qui marquent d'une si forte empreinte la vie tout entière. Des frères et sœurs qui ne s'aimeraient pas, ne s'aideraient pas, ne seraient pas prêts à des sacrifices réciproques, seraient véritablement dénaturés.
Des obligations plus précises s'imposent aux aînés à l'égard des cadets. Ils leur doivent une tendresse plus vigilante, l'exemple, et si les parents sont malades ou infirmes, la protection que ceux-ci ne peuvent plus exercer. La famille a-t-elle perdu ses chefs naturels? C'est l'aîné ou l'aînée qui les remplace; il en prend l'autorité, la responsabilité, les devoirs. A leur tour, les cadets doivent aux aînés une affection mêlée de déférence, et, si les parents sont morts, le respect et l'obéissance, celle-ci tout au moins jusqu'à l'âge adulte.
La sœur doit avoir aux yeux de ses frères un caractère analogue à celui de la mère elle-même. Elle est le charme et l'honneur du foyer; on refuse difficilement les pardons qu'elle implore pour des fautes qui ne sont pas les siennes; elle a presque le droit de grâce. Sa
présence seule adoucit la brutalité trop fréquente des garçons, arrête sur leurs lèvres les expressions triviales; ses conseils ont une sagesse et une droiture précoces ; elle inspire le travail, dont elle donne l'exemple joyeusement et sans effort; les bonnes pensées, car elle n'en connaît pas d'autres, le courage, et, s'il le faut, cette vertu plus particulièrement féminine, et pi us touchante encore dans la jeunesse, la résignation. Quand la sœur est cela, et tel est son rôle naturel, le sentiment auquel elle a droit de la part de ses frères, est quelque chose de plus que la tendresse ; c'est, comme à l'égard de la mère, la vénération.
Il est rare que la famille soit restreinte aux parents et aux enfants. D'ordinaire elle comprend des oncles, des tantes, des cousins, etc. Les obligations générales d'affection, de déférence, si les collatéraux sont des ascendants, d'assistance en cas de besoin s'imposent, mais avec un caractère moins rigoureusement déterminé. On ne peut d'ailleurs entrer ici dans le détail, et ces différents devoirs seront suffisament connus et pratiqués de toute âme honnête* et délicate.
RESUME
I. — Les jeunes époux ont dû antérieurement au mariage se préparer, par la réflexion etl'étude, à remplir leurs devoirs de père et de mère.
Ils doivent d'abord nourrir leurs enfants et leur
donner avec intelligence tous les soins physiques.
102 MORALE PRATIQIE.
II. — Vient ensuite V éducation morale qui se fait par le précepte et par l'exemple. Le système des conséquences naturelles, cher à Rousseau, employé exclusivement serait insuffisant et dangereux.
Voici les principales règles de l'éducation par le précepte : les ordres et les conseils seront, quand cela sera possible, accompagnés d'explications qui éclaireront la conscience de l'enfant; — toute désobéissance volontaire sera suivie de la punition annoncée; — les parents auront de la fermeté, et sauront résister à leur propre tendresse, comme aux instances de l'enfant; — une fois leur autorité bien établie, ils pourront pardonner quand ils seront en présence d'un sincère repentir ; — ils développeront surtout l'énergie de la volonté, et éviteront les dangereuses exagérations du système de Véducation attrayante; l'éducation de la volonté sera complétée par la culture de la sensibilité morale et esthétique.]
III. — Les enfants sont imitateurs. Ils sont surtout portés à imiter leurs parents, qui sont à leurs yeux des êtres infaillibles. Il en résulte, pour ceux-ci, l'obligation de surveiller leur conduite, de façon à donner toujours le bon exemple. La retenue des parents n'empêchera pas dans la famille une douce intimité qui n'exclura pas le respect dont les enfants ne doivent jamais se départir.
. IV. — Enfin les parents sont obligés de donner ou de faire donner à l'enfant une instruction en rapport avec leurs ressources et leur condition. Le minimum est l'instruction obligatoire légale.
La loi sur l'obligation ne viole pas la liberté des parents. D'ailleurs leur droit n'est pas seul en cause. Il y a aussi, pour l'enfant, le droit à l'instruction, qui fera de lui un homme et un citoyen, et, pour l'État, le devoir de protéger la société contre les dangers de l'ignorance.
Plus tard, quand les enfants auront à choisir une carrière et à fonder une nouvelle famille, les parents leur viendront en aide par des conseils, des secours, et au besoin par leur autorité, sans toutefois entraver la liberté des jeunes gens.
V. — Les devoirs entre frères et sœurs sont motivés par une communauté de sentiments et d'intérêts très naturels et très forts.'
Les aînés doivent aux jeunes, outre l'affection, la protection et le bon exemple. Si les parents viennent à manquer, c'est à l'aîné des enfants que reviennent l'autorité et les obligations de chef de famille. En retour, les cadets leur doivent de la déférence et quelquefois de la soumission.
Ouvrages à consulter :
0. Gréard, Éducation et instruction : Enseignement primaire : les résultats ; § m. — Enseignement secondaire, t. II, l'esprit de discipline dans l'éducation, §§ n et v.
E. Legouvé, Les Pères et les Enfants au XIX'' siècle. {Enfance et adolescence.) — Éducation de la Conscience; la tendresse et ^ V autorité; V éducation du courage, etc. WÊk Marion, La Solidarité morale. (2-^ part.,ch. iv.) ^ft H. Spencer, Essai sî(r VÉlducation.