‹ De l'educationChapitre 44 sur 178 · II. — [devoir de légitime défense · texte numérisé non relu

II. — [devoir de légitime défense

Si l'homme a le devoir de vivre, il a celui de défendre sa vie quand elle est injustement attaquée. C'est ce

qu'on appelle le droit, et ce qu'il serait plus exact d'appeler le devoir de légitime défense. Ce devoir explique et justifie les exceptions apparentes que comporte le précepte : tu ne tueras point.

En effet, si je suis assailli dans un lieu désert par un homme à qui je n'aie jamais fait le moindre mal; si, après l'avoir averti que je suis armé, je ne puis échapper à la mort qu'en le tuant, il est clair que j'étais dans mon droit et que j'ai fait mon devoir. L'un des deux devait périr, l'honnête homme ou l'assassin. On avouera que la vie de l'honnête homme a bien autant de prix que celle de l'assassiii, et puisque cette nécessité douloureuse existe, que l'une des deux soit sacrifiée, il est juste que ce soit la plus coupable.

Même alors, on doit épuiser tous les moyens de se défendre sans donner la mort, et ne s'y résoudre qu'à la dernière extrémité. Une autre exception se produit en cas de guerre, sur le champ de bataille. Le soldat qui tue l'ennemi armé et menaçant obéit au devoir de légitime défense, il obéit de plus à l'obligation sacrée de défendre son pays. Tuer l'ennemi, c'est, avant tout, assurer, autant qu'on le peut, le salut de la patrie. Mais désarmé, blessé, captif, l'ennemi n'est plus qu'un brave homme inoffensif, qui a fait aussi son devoir, et le tuer alors serait la plus odieuse des lâchetés.

Enfin les nations les plus civilisées croient encore aujourd'hui ne pouvoir assurer la sécurité sociale qu'en mettant à mort les individus reconnus coupables de certains crimes. La loi qui punit ainsi du dernier supplice ne fait que remplir, au nom des citoyens hon-

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nêtes et de la société tout entière, le devoir de légitime défense. Les juges qui condamnent, le bourreau même qui exécute, accomplissent également un devoir en obéissant à la loi.

Si, en dehors de ces cas, il est criminel d'attenter à la vie du prochain, il l'est aussi, quoique à un degré moindre, de le blesser, de le frapper, de compromettre en quoi que ce soit l'intégrité de sa vie physique.

La liberté est un bien aussi précieux que la vie, et la respecter chez nos semblables n'est pas moins obligatoire que de s'abstenir de l'homicide. Mais la liberté dont il s'agit ici n'est pas la liberté morale, qui réside tout entière dans la conscience, ni la liberté politique, qui consiste à exercer les droits du citoyen. C'est la liberté qui est inhérente à l'homme en tant qu'il fait partie de la société de ses semblables, et par laquelle chacun peut, dans la mesure où ii ne cause aucun tort à autrui, faire de son activité physique et intellectuelle l'usage qui lui convient. Cette liberté a été indignement méconnue, dans l'antiquité, au moyen âge, jusque dans les temps modernes, par les institutions odieuses de l'esclavage et du servage.

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