Notamment le sophiste Alcidamas
no MORALE PRATIQUE.
milliers. De là un danger permanent de révolte. Celle des esclaves de Sicile, conduits par SparLacus, mit un instant en question l'existence même de Rome. Elle fut étouffée dans le sang; des milliers d'esclaves prisonniers périrent sur la croix. Une loi atroce, pour assurer la sécurité des citoyens libres, porta que dans le cas où un maître serait assassiné chez lui, tous ceux de ses esclaves qui n'étaient pas aux fers au moment du meurtre, ou que la maladie n'avait pasréduits à une impuissance absolue, seraient mis à mort.
A cette époque, l'esclave n'a aucun droit; son maître peut le tuer sans motif, impunément. Flaminius en fait mourir un pour amuser son hôte par ce spectacle. Védius PoUion nourrit d'esclaves vivants des lamproies qu'il élève dans un vivier. Auguste fait mettre en croix un esclave pour avoir tué et mangé une caille favorite. Ovide et Juvénal nous montrent des dames romaines déchirant des ongles le visage des malheureuses qui les servent, enfonçant dans leur chair, comme dans une pelote, les longues épingles de leur coiffure. La loi ne reconnaît à l'esclave ni mariage ni paternité; vers la fm de la République, son maître peut le vendre pour les jeux de gladiateurs ou les combats contre les bêtes féroces. C'est enchaîné qu'il garde la porte de la maison; c'est enchaîné qu'il laboure la terre. D'horribles prisons, dans la demeure même du maître, l'attendent pour la moindre faute. Yieux et infirme, on l'expose sur une île du Tibre, où il mourra- de misère et de faim. Les tentatives de révolte ou d'évasion sont
punies d'horribles tortures, de l'effroyable et infamant supplice de la croix.
Disons, à l'honneur de l'espèce humaine, que dt3 généreuses protestations ne laissaient pas de se produire. Sénèque nous assure que les maîtres qui maltraitaient leurs esclaves étaient insultés dans les rues. L'indignation populaire faillit arracher de la mort, sous Xéron, quatre cents esclaves dont le maître avait été assassiné; il fallut la force armée pour contenir la foule menaçante, exaspérée de celte abominable exécution. L'esclave pouvait acheter sa liberté avec ses économies, ou, selon le mot latin, son pécule. Gicéron nous dit qu'un esclave industrieux et de bonne conduite arrivait à s'affranchir en six ans. Médecins, professeurs de littérature ou de grammaire étaient souvent des esclaves ; mais on les traitait d'ordinaire comme étant de la famille; quelquefois ils devenaient les amis de leurs maîtres. Beaucoup de ceux-ci étaient humains, et leur humanité était souvent payée d'une fidélité à toute épreuve. Une des gloires du stoïcisme, Épictète, passe de l'esclavage à l'amitié d'un empereur. Sous l'influence des nobles doctrines stoïciennes, les lois concernant les esclaves s'adoucissent. Tibère, Néron, Domitien corrigent déjà quelques-unes des rigueurs de l'ancienne législation. Mais le progrès fut surtout sensible sous les Antonins; l'esclave ne peut pas être tué par son maître ni vendu pour les combats de gladiateurs; des officiers sont institués pour recueillir ses plaintes; les sévérités excessives sont interdites et punies, Le dogme de Légalité essentielle de tous les
hommes inspire les grands jurisconsultes stoïciens des 11° et iir siècles de l'ère chrétienne. En même temps, par l'esprit de charité qu'il répand chez ses adeptes, le christianisme naissant porte à l'esclavage antique des coups encore plus décisifs.
l'esclavage moderne
Il est douloureux d'avoir à le constater : les nations chrétiennes firent revivre au xvi" siècle la vieille injustice des sociétés païennes. L'histoire de l'esclavage au nouveau monde est un tissu d'horreurs que l'antiquité elle-même n'a pas connues. Indigènes de l'Amérique du Sud, nègres arrachés des côtes d'Afrique et vendus comme un hétail, ont péri par millions pour extraire -des mines les métaux précieux ou faire pousser, sous un ciel torride,le café et la canne à sucre. De nobles âmes, Las Casas au xvr siècle, Montesquieu, Condorcet au xviir, protestent en vain; l'impitoyable avidité des «colons ne veut rien entendre. On invoque en faveur de l'esclavage le sophisme dont Aristote s'était rendu coupable : l'infériorité naturelle de certaines races. En i 787 , Wilberforce fait au Parlement anglais sa première motion contre la traite des nègres ; sa généreuse insistance, soutenue par une éloquence entraînante, finit par triompher; mais l'affranchissement des esclaves dans les colonies anglaises ne fut consommé qu'en 1838. En 1793, un décret de la Convention abolit l'esclavage dans les colonies françaises, mais il n'a définitivement disparu qu'en 1848; l'honneur en revient principale-
ment au député, aujourd'hui sénateur, M. V. Schœlcher. Il a duré dans la République américaine jusqu'à nos jours; il n'a cessé d'exister qu'après la terrible guerre de Sécession, qui se termina par l'écrasement des États esclavagistes ou confédérés. Les derniers vestiges de cette plaie déshonoraient hier encore l'empire du Brésil'.