LA CALOMNIE
La calomnie invente de toutes pièces le mal dont elle charge un innocent. Elle le répand dans l'opinion des hommes, soit directement, soit par insinuations perfides. Le calomniateur est essentiellement un menteur qui prêtera à celui qu'il veut perdre les actions les plus honteuses, les plus noirs forfaits. On voit par là jusqu'à quel point la calomnie est criminelle. La victime se voit déshonorée, abandonnée de tous, parfois -ruinée, traînée en justice, réiduite au désespoir, sans qu'elle sache à qui s'en prendre. La calomnie a tout l'odieux et toute la lâcheté de l'assassinat.-
Il semble que par ses mensonges mêmes et ses excès, la calomnie soit inoffensive : à qui faire croire d'un homme jusqu'ici réputé honnête, qu'il est à ce point rméprisable? Mais on a raison de dire de la calomnie qu'il en reste toujours quelque chose. Plus elle est incroyable, plus elle trouve d'oreilles disposées à l'accueillir. De telles accusations, dit-on, sont trop graves
pour n'être pas en partie fondées. Puis, un calomniateur habile sait tirer profit de fâcheuses apparences ; il ne s'attaque pas à qui ne donne aucune prise au soupçon. Et il a malheureusement pour complice la disposition, générale dans la société, à accepter sans contrôle tout ce qui peut ternir la réputation d'autrui.