II. — LA BIENVEILLANCE. L'ÉQUITÉ
•^ La bienveillance consiste dans cette disposition de l'homme à aimer ses semblables et à vouloir leur faire du bien. Quand la bienveillance se mêle à la stricle justice, celle-ci devient l'équité.
Il est juste, par exemple, que le coupable soit objet de mépris, et que, si sa faute tombe sous le coup de la loi, on lui applique la peine. C'est là lui rendre ce qui lui est dû. Mais il est telles circonstances qui peuvent atténuer la gravité morale de la faute : l'entraînement, le mauvais exemple, les mauvaises doctrines trop facilement propagées et accueillies dans certains milieux, etc. Alors il est équitable de suspendre notre jugement sur
la conduite d'autrui, et d'en tempérer la rigueur. Un jury, un tribunal, seront équitables, si Tun admet des circonstances atténuantes, et si Tautre abaisse d'un ou deux degrés la punition. On obéit, dans ce cas, à un sentiment de bienveillance envers la personne même du coupable, quoique la faute en elle-même mérite toujours d'être détestée et réprimée. L'équité tient ainsi compte de la faiblesse humaine; elle avertit chacun qu'il est, lui aussi, faible et faillible, et que l'indulgence, parfois le pardon, sont également de la justice.
C'est qu'en effet, comme on l'a dit, à être juste en toute rigueur, on risque d'être injuste. Rendre à chacun ce qui lui est dû entraîne comme conséquence le droit d'exiger de chacun ce qu'il nous doit. Si je suis tenu de payer intégralement une dette d'argent, je puis sans violer, semble-t-il, la justice, contraindre mon débiteur à s'acquitter envers moi. Mais je suis riche, il est pauvre ; la somme qu'il me rendra, sans rien ajouter à mon bien-être, va le ruiner et le réduire, lui et sa famille, au désespoir. L'équité sera, soit de proroger l'échéance du payement, soit de faire au débiteur remise partielle ou totale. Et l'équité, ici, n'est qu'une justice supérieure, une justice bienveillante et vraiment humaine. Ne craignons pas de le dire : agir autrement serait être injuste, car ce serait volontairement causer à autrui un tort peut-être irréparable.
Dans l'exemple que nous venons de citer, le créancier ne fait, après tout, que son devoir; mais comme il a témoigné de la bienveillance à son débiteur, celui-ci lui en doit en retour. Cette bienveillance à l'égard de
quelqu'un qui nous en a montré le premier par sa conduite envers nous, s'appelle la reconnaissance.