IV. — r.A BIENFAISANCE. LA CHARITE
Les deux mots sont souvent pris comme synonymes : cependant la bienfaisance désigne plutôt l'habitude de faire du bien à autrui, et la charité, l'amour du prochain qui inspire la volonté, la force, souvent le courage nécessaires pour être bienfaisant. Les deux choses sont inséparables; n'est pas bienfaisant, au sens moral du mot, qui n'a pas un ardent amour de ses seinblables; n'est pas charitable celui dont la charité ne se traduit pas au dehors par des actes répétés, incessants, <]e bienfaisance. Si donc nous ne parlons ici que de bienfaisance, il est entendu qu'elle ne saurait exister, aux yeux du moraliste, là où n'est pas la charité. Le riche qui, tous les ans, inscrit sur son budget une somme à distribuer aux pauvres, si d'ailleurs il est sans cœur et sans entrailles pour les souffrances du prochain, fait une œuvre utile au point de vue de la sécurité sociale; la conscience du genre humain et la sienne propre, l'accusent et le condamnent. |v La bienfaisance est active, ingénieuse, persévérante, infatigable. Animée d'un amour qui va croissant à mesure qu'il se dépense, elle est à la poursuite de la misère humaine, sous toutes ses formes, et lui fait une guerre sans merci. EWe sait que cette misère a souvent sa pudeur ou son orgueil, qu'elle se cache, qu'elle fuit quelquefois la charité comme humiliante; aussi la bienfaisance ne se laisse-t-elle jamais rebuter. Elle sera pleine des plus délicats ménagements pour la
sainte fierté des vrais pauvres; elle se fera humble et suppliera, pour faire accepter ses bienfaits. Elle aura du génie pour trouver, à côté du secours qui sauve, les paroles qui relèvent et consolent; et si elle n'a rien à donner, elle sera bienfaisante encore, en pleurant av«c ceux qui pleurent, en souffrant avec ceux' qui souffrent*