IV. — RESPECT DES SUPÉRIORITÉS MORALES
Nous rangerons parmi les supériorités morales, no« seulement la vertu, mais la science, le talent et le |génie. Un travailleur qui par sa probité, son énergie, ja persévérance, a su s'élever de la pauvreté à une fortune honnêtement acquise, n'eût-il d'ailleurs que peu
d'instruction, est respectable. Un homme dont les <]euvres ont illustré le nom, ne doit pas être, comme il arrive trop fréquemment, jugé par les jeunes avec cette légèreté dédaigneuse, qui n'est qu'ignorance et sottise. Elles seules se permettent un tel sans-gêne à l'égard des réputations établies. On ne saurait d'ailleurs parvenir à la renommée sans avoir travaillé beaucoup, et le travail a toujours une valeur morale qui commande le respect.
Des devoirs plus particuliers encore s'imposent aux enfants et aux jeunes gens à l'égard de leurs maîtres et de leurs professeurs. Ceux-ci ont en effet la double supériorité morale du savoir et de l'autorité. Ils représentent le père de famille dont ils reçoivent une sorte de délégation. Ils ont droit à l'obéissance, à la reconnaissance et au respect. L'élève doit les aider, dans leur tâche souvent ingrate, par son assiduité, son attention, son zèle et aussi par cette confiance, nécessaire chez celui qui ignore à l'égard de €elui qui sait. Nous ne demandons pas que l'élève accepte aveuglément et comme articles de foi toutes les opinions du maître; celui-ci d'ailleurs serait dans son tort s'il ne s'attachait à développer parmi ses disciples l'habitude de la réflexion et du libre examen. Nous voulons seulement que sa parole soit accueillie avec une profonde déférence, et cette présomption qu'elle exprime la vérité. On ne peut trop blâmer cette disposition, que manifestent parfois les élèves, à prendre le contre-pied des doctrines qu'on leur enseigne, sans autre motif que le besoin de contredire, soit intérieu-
rement, soit entre eux. Ils croient ainsi faire preuve d'indépendance, affirmer la supériorité de leur esprit. Ils ne prouvent que leur étourderie et un certain manque de gratitude pour les soins dont ils sont l'objet.
Les sentiments qui doivent animer les élèves envers leurs maîtres sont de ceux qu'il n'est pas permis délaisser affaiblir ou s'éteindre. Ils sont obligatoires pour toute la vie. L'élève même qui, plus tard, s'est élevé par sonî mérite au-dessus de son professeur, est toujours tenu, à l'égard de celui-ci, à la reconnaissance et au respect. Et dans l'occasion, il prouvera ses sentiments par ses actes. Car ce mérite, c'est aux maîtres de son enfance et de son adolescence qu'il revient presque en entier. Tel professeur eût pu, en prenant sur les heures exigées par la préparation de sa classe, conquérir la réputation, s'élever aux fonctions les plus hautes. Esclave du devoir, il a mieux aimé rester obscur dans le même poste, et former des générations de bons élèves. Quelle sera donc sa récompense, en dehors des succès mêmes auxquels il s'est sacrifié, sinon lapieuse gratitude de ceux qui les lui doivent et le témoignage que quelques-uns du moins ont fini par comprendre toute la grandeur du sacrifice ?
RÉSUMÉ
I. — Vamitiéesi un attachement réciproque de deux >u d'un petit nombre de personnes. Elle a son origine
dans certaines sympathies de caractère. Il n'est pas toujours vrai, quoi qu'on en dise, qu'elle naisse de contrastes.
L'amitié véritable ne peut exister qu'entre gens de bien. Elle ne va pas sans l'estime. Elle suppose aussi la confiance. Les vrais amis ne se cachent rien. Ils mettent en commun leurs joies et, leurs tristesses, et, au besoin, leurs fortunes.
11. — Les amis se doivent aussi l'assistance morale, c'est-à-dire qu'ils doivent s'éclairer mutuellement sur leurs défauts, sur leurs devoirs, et marcher ensemble dans la voie de la perfection. La jeunesse est l'âge d'or de l'amitié. C'est mauvais signe pour un jeune homme de n'avoir pas d'amis. Une âme bien née sait toujours rencontrer des âmes dignes d'elle.
L'union des âmes honnêtes est féconde en œuvres belles et bonnes, et la société en bénéficie à son tour.
m. — Les personnes qui ont une supériorité morale ont droit à notre respect, parce qu'elles sont la représentation vivante de la loi morale infiniment respectable.
Parmi ces personnes nous citerons d'abord le vieillard qui, par les épreuves et les combats de la vie, et par une longue expérience, a conquis la sagesse.
Il sera l'objet, surtout de la part des jeunes gens, d'un respect filial et presque religieux.
IV. — La vertu, {di science, le talent et le génie sont d'autres supériorités morales devant lesquelles il faut îs'incliner.
Les maîtres ont sur leurs élèves la supériorité du
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savoir et de l'autorité. Ils font souvent preuve de dévouement et de désintéressement. Pour ces motifs, les élèves doivent seconder leurs efforts et récompenser leur zèle par l'obéissance, la reconnaissance, le respect et la confiance. Ce dernier devoir se concilie fort bien avec le libre examen et l'indépendance d'esprit, que tout bon professeur encourage cliez ses disciples.
Ouvrages à consulter
XÉNOPHON, Mémorables. (L. II, ch. iv, v, vi.) Aristote, Morale à Nicomaqae, (L. VIII et IX.) CicÉRON, De la Vieillesse.
Id. De l'Amitié.
Montaigne, Essais. (L. I, ch. xxvn.) A. BURDEAU, Devoir et Patrie. (Ch. v.)