ET DES SERVITEURS
SoMMAiiu:. — I. Devoirs envers les animaux. — II. Devoirs des maîtres envers les serviteurs. — III. Devoirs des serviteurs envers les maîtres.
L'iiommc n'a pas seulement des relations avec ses semblables; il en a encore avec tous les êtres de la nature, plus spécialement avec les animaux, plus voisins de lui que les minéraux ou les plantes.
On s'est demandé si ces relations pouvaient donner naissance à des devoirs. Les animaux, dit-on, ne sont pas des personnes libres : comment serions-nous liés envers eux par des obligations morales?
Mais si les animaux n'ont ni raison ni liberté, ils ont, principalement les animaux supérieurs, la faculté de jouir et de souffrir. Par suite, nous sommes tenus, au nom de la compassion, et même d'une sorte de justice, de leur épargner toute souffrance inutile. D'ailleurs, c'est également un devoir envers nous-mêmes et envers. nos semblables. Envers nous-mêmes, car nous
ne devons pas endurcir en nous la sympathie au point de trouver du plaisir dans le spectacle de la douleur; envers nos semblables, car cet endurcissement ne tarderait pas à nous rendre insensibles mêmes pour les souffrances humaines. Aussi combattra-t-on avec la plus grande énergie, dès qu'il se manifestera chez les enfants, le penchant, qu'ils ont trop souvent, à tourmenter les bêtes. C'est chez eux ignorance; mais si on laissait faire, l'habitude pourrait tourner en cruauté réfléchie.
On regardera donc comme coupable quiconque maltraite, frappe, torture sans motif les animaux. La loi même intervient en ce cas, et elle punit avec une juste sévérité. La loi protectrice des animaux s'appelle loi Grammont, du nom du député qui l'a fait adopter..
Nous flétrirons encore tous les divertissements qui n'ont d'autre objet que de provoquer des émotions violentes par les souffrances, l'agonie et la mort d'animaux inoffensifs : combats de coqs, courses de taureaux, etc. Ce sont là des émotions malsaines, qui ferment l'âme aux jouissances plus élevées et plus calmes de la littérature, du théâtre, des arts, et développent des instincts sanguinaires et cruels. Dans les courses de taureaux en particulier, rien de plus révoltant que ces malheureux chevaux, éventrés sans défense, immobiles et les yeux bandés, par le taureau furieux. Puis les hommes qui sont en lutte avec celui-ci, jouent plus ou moins leur vie. C'est là un jeu immoral, car l'homme n'a pas le droit de risquer son existence sans de sérieux motifs, et ce jeu, les spectateurs s'en font en quelque sorte les complices par l'encouragement qu'ils lui
donnent. Les blessures, la mort même de leurs semblables, peuvent ainsi devenir partie du spectacle; Tattente de ces accidents qui ne sont pas rares, est même nécessaire pour que l'émotion ait toute son intensité. Veut-on donc, par besoin d'émotions fortes, et comme si ce besoin était de soi légitime, en revenir aux combats de gladiateurs? . .
' L'bommc ne doit pas seulement s'abstenir de faire souffrir inutilement les animaux, il leur doit encore quelques soins en retour des services qu'ils lui rendent. Il serait d'un mauvais cœur de laisser mourir de misère et de faim le bœuf ou le cheval qui ne peut . plus traîner la charrue, le chien vieux et infirme qui a été un compagnon et un ami. Les animaux domestiques surtout ont vraiment droit à des égards; ils ont donné toute la fidélité, toute l'aifection dont leur humble nature était capable : il y aurait ingratitude à ne pas leur en témoigner une sorte de reconnaissance.
Mais ne nous laissons pas aller aux excès d'une fausse . sensibilité qui nous ferait méconnaître nos devoirs envers nous-mêmes. L'homme a le droit et Tobligation de vivre, d'entretenir et de développer ses forces phyvsiques, sa santé, de s'assurer ce bien-être qui lui permet l'entier déploiement de ses facultés supérieures.. Par suite, il pourra sans scrupules faire des animaux les auxiliaires et les instruments de son travail, les tourner à tous ses. besoins, se nourrir même de leur chair. Nous n'en sommes plus en effet à croire, avec certains philosophes de l'antiquité, que l'âme d'un père ou d'un frère peut être logée dans le corps d'un bœAïf ou d'iin
mouton. Mais même quand il les tue pour les manger, l'homme doit épargner aux animaux toutes les souffrances qui ne. sont pas strictement inévitables.
Il est clair que les devoirs envers les bêtes décroissent, pour ainsi dire, à mesure que l'on descend les degrés .de l'échelle et qu'on se rapproche des plantes. La sensibilité en effet devient probablement de plus en plus confuse, pour disparaître avec le système nerveux. Quant aux plantes, l'imagination poétique leur prête quelquefois le sentiment; mais c'est là une illusion pure, et l'on ne saurait dire que l'homme ait à leur égard aucune obligation morale.
On a récemment agile la question de savoir si la pratique de la vivisection n'était pas une violation directe des devoirs de l'homme envers les animaux. Les physiologistes, ne pouvant opérer sur des créatures humaines vivantes, soumettent des grenouilles, des lapins, des chiens, des singes, des chevaux à des expériences qui souvent se prolongent pendant des jours et des semaines, et deviennent pour les malheureuses bêtes des tortures aussi barbares que raffinées. — Il est clair que les intérêts de l'espèce humaine sont incomparablement supérieurs à ceux des animaux, et si la physiologie ne peut se passer de la vivisection, si d'autre part la médecine, la thérapeutique sont étroitement tributaires de la physiologie, le savant doit ne pas tenir compte des protestations de la sensibilité et continuer l'application d'une méthode qui a donné jusqu'ici de merveilleux résultats. Mais on ne saurait admettre que le premier venu pût, sous prétexte d'ex-
périences physioloijnques, martyriser les animaux; aussi la viviseclion doit-elle être rigoureusement renfermée dans l'enceinte des laboratoires et appliquée seulement sous la surveillance et la responsabilité de maîtres autorisés qui s'attacheront à réduire les expériences au strict nécessaire et à. interdire l'inHiction de souffrances inutiles.