II. — DEVOIRS DES MAITRES ENVERS LES SERVITEURS
IT.n parlant de la famille, nous n'avons pas parlé des devoirs réciproques qui lient les maîtres et les serviteurs. C'est que ceux-ci ne font pas partie intégrante du groupe familial. Ils y ont cependant leur place, et les rapports qui les unissent aux maîtres créent de part et d'autre des obligations déterminées.
Le contrat, verbal ou écrit, qui fixe la nature des services et le taux du salaire, doit être, comme tous les contrats, scrupuleusement exécuté. C'est là un devoir de stricte justice, qui n'a ici rien de spécial.
Mais par cela qu'ils les introduisent dans leur fa*mille, les maîtres prennent à l'égard de leurs serviteurs des responsabilités diverses. Ils leur doivent d'abord des soins en cas de maladie; ils leur doivent de plus les bons conseils et les bons exemples*. Ils auront pour eux de l'affection, de la confiance, quitte à prendre les
1. « Nous apprîmes à rintcndantc à avoir de raffection pour nous, en la faisant participer à notre joie, quand nous étions joyeux, et en nous affligeant avec elle quand elle avait du chagrin. Nous Tinstruisîmes à désirer d'accroître notre fortune en lui faisant connaître notre position et en partageant notre bonheur avec elle. Nous développâmes en elle le sentiment de la justice en plaçant dans noire estime l'homme juste au-dessus de l'injuste; voilà le pied sur lequel nous l'avons mise
précautions nécessaires pour qu'elle ne soit pas trompée. Ils s'intéresseront à leur instruction, surtout à leur éducation morale. Ils se regarderont comme ayant à leur égard charge d'âme. Le serviteur qui a quitté la maison, s'il n'a pas démérité, y reviendraavec plaisir, sûr de trouver cordial accueil, au besoin, aide et secours. Les infirmités, la vieillesse, lui seront rendues moins amères par une assistance empressée, qui saura être délicate, ingénieuse, pour faire mieux accepter ses dons. Chez les anciens Grecs, la nourrice occupait, au foyer comme dans le cœur des maîtres, une place privilégiée. Quelque reconnaissance se mêlait à la tendresse dont elle restait l'objet. Elle demeurait, même pour les princes, la confidente, l'amie, parfois la conseillère. Il serait difficile, chez nous et avec nos mœurs, de lui donner toujours un tel rôle ; qui ne sent cependant que la nourrice n'est pas un serviteur comme les autres, qu'elle a quelque chose de la mère, qu'enfin pour prix d'une affection et de soins souvent maternels, elle a droit à un sentiment quasi filial?
dans notre maison. » Xénophon, De Véconomie. (Ch. ix, trad. de M. Talbot, t. 1, p. 166.)
« II est toutefois, dis-je à ma femme, une de tes fonctions qui peutêtre t'agréera moins : c'est que, si quelqu'un de tes serviteurs tombe malade, tu dois, par suite des soins dus à tous, veiller à sa guérison. — Par Jupiter, dit ma femme, rien ne m'agréera davantage, puisque rétablis par mes soins ils me sauront gré et me montreront plus de dévouement encore que par le passé. » Cette réponse m'enchanta, reprit Ischomachus, et je lui dis : « N'est-ce point, femme, parce que la mère abeille fait preuve du même intérêt à l'égard des essaims, que les abeilles témoignent pour elle une affection si tendre, que, quand elle abandonne la ruche, aucune ne croit pouvoir y rester, toutes lu suivent? » {Ibid., ch. vu, trad. de M. Talbot, p. 160.)
m. — .DEVOIKS DES SERVITEURS ENVERS LES MAITRES
Les. serviteurs à leur tour, contractent envers leurs maîtres des obligations corrélatives. Les intérêts, la prospérité, le bon renom de la maison doivent devenir leur chose propre. Non seulement la probité la plus scrupuleuse en fait de dépenses et d'achats leur est moralement imposée, ils doivent encore s'interdire toute indiscrétion et tout commérage. Un bon serviteur défendra ses maîtres contre la médisance et la calomnie; il les défendra de sa personne, s'ils courent quelque danger. '' Ses sentiments seront en rapport avec sa conduite. Jl aura pour ceux qu'il sert cette respectueuse affection qui relève la domesticité et lui donne Tapparence d'une vie commune entre amis . de conditions inégales. L'obéissance lui sera dès lors facile ; il ne sera pas tenté de changer souvent de place, il s'attachera à la famille par des liens plus durables et plus doux que ceux de l'intérêtou de la nécessité; ou plutôt là famille des maîtres deviendra la sienne et les enfants hériteront du dévouement qu'il prodiguait aux parents.
On se plaint avec raison que les choses ne se passent plus ainsi. Cçs mœurs patriarcales ne sont plus guère de notre époque. Les serviteurs, de nos jours, sont trop souvent pour la famille des étrangers envieux et avides/ qui, pour la plus mince augmentation de salaire qu'on leur' propose ailleurs, la quittent sans hésitation et sans regret. C'est là certes un mal et pour eux et pour les maîtres, mais c'est à ceux-ci qu'il appartient d'abord défaire leur possible pour le combattre. Qu'ils soient
pour les domestiques, à la fois fermes, indulgents, f paternels; qu'ils se préoccupent un peu plus de les retenir par leur sollicitude; qu'ils se créent des droits I à leur reconnaissance. A eux les premiers, puisqu'ils sont les supérieurs, à faire tout leur devoir. Tel maître, dit-on, tel valet; rien de plus juste. Mais que le maître ne s'étonne pas de ne pas rencontrer dans le valet une perfection dont il n'a pas lui-même donné l'exemple. « Aux vertus qu'on exige dans un domestique, dit Figaro au comte Almaviva, Votre Excellence connaît-elle beaucoup de maîtres qui fussent dignes d'être valets? » C'est surtout aux jeunes enfants que s'impose l'obligation d'avoir des égards envers les serviteurs de la famille. Ceux-ci ont, en effet, sur eux la supériorité de l'expérience et de l'âge; ils ont même parfois une sorte d'autorité déléguée par les parents eux-mêmes.
RÉSUMÉ
I. — Les animaux ne possèdent point les droits inhérents à la personne humaine. Néanmoins ils ont la faculté de jouir et de souffrir; de plus, ils nous rendent des services. La compassion et une sorte de justice nous font donc un devoir de les bien traiter et de leur éviter toute souffrance inutile.
D'ailleurs ce devoir peut se rattacher aux devoirs de l'homme envers lui-même et envers ses semblables. Celuiqui est cruel envers les animaux se dégrade et est bien près de devenir dur et méchant pour les hommes.
Pour CCS mêmes raisons, la morale condamne les jeux barbares, tels que les combats de coqs et les courses de taureaux.
Il ne faudrait pas tomber dans un excès de sensibilité : l'homme a le droit d'utiliser les animaux comme auxiliaires pour ses travaux, et de les faire servir à sa nourriture.
La vivisection est indispensable aux études scientifiques, mais elle ne doit être pratiquée que dans les cas strictement nécessaires.
II. — Les principaux devoirs des maîtres à Tégard des serviteurs sont la fidèle exécution des promesses faites et acceptées, les bons traitements en temps ordinaire et les soins en cas de maladie, une disposition à aimer les domestiques et à leur accorder de la confiance; enfin l'éducation, les conseils et le bon exemple.
III. — En retour, les domestiques s'attacheront à leurs maîtres, serviront leurs intérêts avec zèle et probité. Alors, après des services longs et éprouvés, ils deviendront en quelque sorte membres de la famille à laquelle ils auront voué leur existence.
Ouvrages à consulter :
XÉNOPHON, De réconomie. (Oh. vu.)
Barni, La Morale dans la Démocratie, (t- leçon.)
Franck, La Morale pour tous.
E. Legouvé, Les Pères et les Enfants au XIX' siècle. (La jeunesse : les domestiques d'autrefois et les domestiques d'aujourd'hui.)
A. BuRDEAU, Devoir et Patrie. (Ch. vu.)
Benouvier, Science de la morale. (L. I, 1" section, ch. x et xi.)