LES FONCTIONNAIRES
Les fonctionnaires sont tous, à des degrés et à des '4,itres divers, serviteurs de l'État, et comme tels reçoivent un traitement. Cette qualité leur impose des devoirs spéciaux.
Le traitement qu'ils reçoivent est le prix des services qu'ils rendent. Ils sont donc tenus, par la plus stricte justice, à faire leur service régulièrement, conscienvcieusement, sans quoi, ils voleraient, comme on dit, leur argent. Mais ce n'est pas tout, et un fonctionnaire n'est pas quitte envers l'État quand il a rempli la tâche particulière pour laquelle il est payé. La contiance dont on l'honore lui impose l'obligation d'un zèle de tous les instants pour les intérêts publics. Il doit faire tous
1. « N'est-il pas vrai, dit M. Jules Simon, que dans nos livres, dans nos pièces de théâtre, nous proscrivons avec rigueur certaines expressions qui nous semblent trop crues, tandis que le tissu même de la comédie et du roman est une apologie de l'adultère et de la débauche? Faisons la guerre aux mots si nous voulons qu'il n'y ait rien de dangereux dans un mot; mais faisons-la aussi aux choses. Une comédie dans laquelle tout l'intérêt est pour la femme adultère et toutes les railleries pour le mari outragé est un véritable attentat contre les mœurs. H est impossible de se plaire à de tels spectacles, et de conserver l'horreur du vice... Ce sera la pièce en vogue, et des femmes juodestes s'empresseront d'aller la voir. Modestes, elles ne le sont qu'en apparence. Le premier degré du vice est de trouver le vice aimable. » {Le Devoir, 4' partie, ch. m.)
les efforts dont il est capable pour améliorer sans cesse le service dont il est chargé, pour se rendre toujours de plus en plus digne du poste qu'il occupe. Employé des finances, il réalisera, même si on ne le lui demande pas expressément, toutes les économies susceptibles d'augmenter les ressources du Trésor. Prolesseur, instituteur, il s'appliquera à perfectionner ses méthodes d'enseignement, à rendre ses connaissances plus étendues ; il donnera son temps sans compter, en dehors des heures de classes, à ses élèves d'abord, puis, s'il le peut, à des travaux ou à des publications qui contribuent à élever le niveau intellectuel et moral du pays. Administrateur, il fera aimer le gouvernement par son scrupule dans l'examen des affaires, son impartialité absolue, sa modération, son affabilité envers les plus . humbles.
Tout fonctionnaire a des chefs hiérarchiques : il leur doit obéissance et respect. 11 s'abstiendra donc de les censurer publiquement, de les taxer d'incapacité, même si, par hasard, cette incapacité est réelle. Il prendra leur défense contre la malignité ou l'envie. Des griefs légitimes sont-ils formulés contre eux? Il ne se constitue leur accusateur que s'il en est requis par ceux qui ont qualité pour cela.
Nous avons dit déjà combien seraient blâmables chez un fonctionnaire la disposition à croire et à dire qu'il n'est pas apprécié pour ce qu'il vaut, l'importunité des sollicitations, les manœuvres secrètes, les intrigues pour avancer. Il doit servir TÉtat avec désintéressement, abnégation, n'attendre sonavancement que de la justice
de ses chefs. Si d'autres passent avant lui, qui semblaient n'avoir pas plus de titres, loin de se décourager ou de se plaindre, il redoublera de zèle. Il n'est pas vrai d'ailleurs, comme on est trop enclin chez nous à le penser, que, dans les carrières de l'Ëtat, la faveur et les protections soient nécessaires po-ur réussir. C'est une opinion dont se flattent aisément les ambitions déçues, les incapacités qui s'ignorent et se croient appelées aux plus hauts postes. Fût-elle justifiée dans quelques cas exceptionnels, il en faudrait prendre de bonne grâce son parti. Le succès ne va pas toujours en ce monde au plus digne, et le devoir est, non d'obtenir le succès, mais de le mériter.
On ne comprendrait pas enfin qu'un fonctionnaire affichât ouvertement et cherchât à faire triompher autour de lui des opinions politiques hostiles à celles du gouvernement qui l'emploie. Celui-ci doit pouvoir compter sur la fidélité de tous ses agents : nul n'est forcé de le servir à titre de fonctionnaire, et quiconque se rattache de cœur et de conviction aux partis qui combattent les institutions librement acceptées par la majorité des citoyens a le strict devoir de refuser toutes fonctions publiques rétribuées, ou de se démettre de celles qu'il exerce. Agir autrement, sous le prétexte qu'on sert non tel gouvernement, mais le pays, est mauvaise foi. Un fonctionnaire est sans doute au service de son pays, mais il appartient de plus à une hiérarchie déterminée où l'unité de vue et de pensée est nécessaire pour assurer l'unité d'action. S'il ne peut obéir sans mentira sa conscience, qu'il s'en aille^
DEVOIRS PROFESSIONNELS. i9I
il lui restera mille manières d'être utile à la patrie; mais qu'il ne donne pas l'immoral spectacle d'un homme trahissant et combattant un gouvernement dont il consent à être le délégué.