‹ De l'educationChapitre 87 sur 178 · I. — LE GOL VEUNEMENT ET L'ÉTAT · texte numérisé non relu

I. — LE GOL VEUNEMENT ET L'ÉTAT

Dans tout pays civilisé, il existe un pouvoir central et permanent, chargé d'assurer à chacun la sécurité et le libre exercice de ses droits^ de veiller à l'ordre public, de travailler à la prospérité et au progrès du corps social tout entier. Ce pouvoir, quand on le considère dans la personne de ceux qui sont chargés de Texercer, souverains, présidents de républiques, ministres, s'appelle le gouvernement; si on n'envisage que sa nature abstraite et pour ainsi dire anonyme, c'est VÉtat,

L'État, c'est donc l'autorité publiqtie, distincte des citoyens soumis à cette autorité, mais n'ayant, ou ne

devant avoir en vue que le bien de ces citoyens mêmes.

II. — DEUX THÉORIES SUU LE FONDEMENT DE l'autorité PUBLIQUE. — THÉORIE DU DROIT DIVIN

Sur quel principe se fonde la légitimité du pouvoir de l'État, 6u, en d'autres termes, de l'autorité publique?

Si nous nous bornons à consulter l'histoire, elle nous montrera que presque partout c'est la force qui a été l'origine de ce pouvoir. Chez les peuplades sauvages et les nations barbares, la puissance du chef de guerre est sans limites; la nécessité d'une action commune pour assurer le salut ou la victoire du groupe social d ans ses luttes contre ses voisins impose à tous l'obéissance à celui qui est reconnu comme le plus fort ou le plus habile. Mais après la victoire, la reconnaissance lui conserve le commandement dont la guerre l'avait investi ; souvent même, il s'y est maintenu malgré ses compagnons d'armes, par ruse ou violence. Cette suprématie sans contrôle ne tarde pas à passer du père au fils; elle devient héréditaire dans une famille privilégiée. Si l'on ajoute que presque toujours, dans les sociétés primitives, le chef réunit les pouvoirs militaire, politique et religieux, on comprendra que sa personne soit bientôt devenue sacrée ; lui obéir, c'est obéir à la 'divinité même ; il est adoré comme un dieu ; toute révolte devient sacrilège et impiété, digne des plusafTreux supplices. Telles furent les monarchies orientales; tel fut, à partir de Dioclétien, le caractère des empereurs romains..

Telle fut aussi, avec quelques adoucissements, la royauté dite de droit divin, qui, sous l'influence des légistes, s'inspirant des principes du droit romain, commença de se constituer en Europe vers le xiv siècle, et atteignit en France son apogée sous Louis XIV. La théorie du droit divin des rois a été formulée chez nous par Bossuet dans sa Politique tirée des maximes de r Écriture sainte et reprise par quelques publicistes du commencement de ce siècle, Joseph de Maistre et de Bonald.

Selon ces théoriciens, tout pouvoir vient directement de Dieu : divine, par conséquent, est l'autorité du père dans la famille, divine celle du prince dans l'État. Le roi, à en croire Bossuet, est maître absolu, irresponsable (sauf devant Dieu) de la vie et des biens de ses sujets; le royaume entier lui appartient comme son domaine propre et privé. Tout pouvoir est une délégation du sien ; sa volonté est la loi suprême, à laquelle nul ne peut, sans pécher contre Dieu même, refuser respect et •obéissance. Et cette autorité divine, concentrée tout 43ntière dans les mains d'un seul homme, passe, sans s'affaiblir, à ses héritiers légitimes, patrimoine exclusif d'une seule famille, spécialement désignée par Dieu à cet effet.

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