‹ De l'educationChapitre 95 sur 178 · III. — OBLIGATION DE PRÊTER MAIN FORTE A LA LOI · texte numérisé non relu

III. — OBLIGATION DE PRÊTER MAIN FORTE A LA LOI

Ce que la loi commande doit être fait; ce qu'elle

défend, on doit s'en abstenir. Cet axiome a une valeur absolue. Ordinairement la loi, qui dispose de la force, parvient à se faire obéir elle-même ; mais il peut arriver que les agents à son service soient tenus en échec par la révolte ouverte des coupables. Le devoir des bons citoyens est alors de prêter leur concours aux représentants de la loi. Trop souvent, on croit pouvoir, en toute tranquillité de conscience, se soustraire à cette obligation. Il y a même, chez beaucoup, un secret plaisir à voir que l'autorité, comme on dit, a le dessous. Cette abstention égoïste, cette satisfaction malicieuse, ne sauraient être trop blâmées. S'il s'agit d'un assassin qui, son crime commis, se barricade chez lui, et fait mine de résister à main armée aux gendarmes, il faut que tous les honnêtes gens du village deviennent autant de gendarmes pour la circonstance. Si le voleur, l'assassin, échappent aux recherches, et qu'on les connaisse, il faut les dénoncer. Ce n'est plus là ce que nous avons flétri en parlant de la délation. Ici, la sécurité sociale est en jeu. Ce meurtrier, sur la trace duquel, par une générosité mal entendue, vous ne voulez pas mettre la justice, enhardi par l'impunité, va faire d'autres victimes, et ces meurtres nouveaux, vous en êtes responsables, puisque pouvant les prévenir, vous ne l'avez pas fait. Vous avez pitié du criminel; vous n'avez pas pitié des innocents que votre silence condamne à mort.

Souvent aussi, on refuse de prêter main forte à la loi ou d'éclairer la justice par crainte des vengeances que le coupable, sa peine finie, sera dans la possibilité

d'exercer, ou encore pour s'épargner les déplacements, les ennuis de toutes sortes qu'impose le rôle de témoin. Mais le devoir veut qu'on brave tout cela. Il peut en coûter parfois d'être un bon citoyen : raison de plus pour mériter pleinement ce titre. Et on ne le méritera que si l'on se met tout entier, sans hésitation, sans réserve, au service de la loi. Remarquons-le, d'ailleurs : une telle conduite n'est pas moins d'accord avec l'intérêt général, qu'avec l'intérêt bien entendu de •chacun. Le voleur, le meurtrier, menacent indistinctement tout le monde. S'ils ne pouvaient plus compter sur l'indifférence ou la lâcheté du plus grand nombre, s'ils savaient qu'ils seront traqués sans merci, par tous les honnêtes gens, sur toute l'étendue du territoire, ils y regarderaient à deux fois avant de se mettre en révolte contre les lois. Les bons ne sont tout à fait bons que quand leur attitude et leur conduite sont de nature à épouvanter toujours les méchants. Et ce qui ferait la terreur de ceux-ci assurerait la sécurité de ceux-là.

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