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IV. — SYMPATHIE MALSAINE POUR CERTAINS CRIMINELS

Une sorte de sympathie, aussi ridicule que malsaine, s'attache souvent, de nos jours, aux auteurs de crimes retentissants. Les colonnes des journaux sont pleines d'eux, on reproduit, on colporte avidement leurs moindres paroles; quand on les juge, la salle de l'audience est envahie par la société mondaine, comme une salle de théâtre à la première représentation d'une pièce longtemps attendue. Un vulgaire assassin passe

à rétat de héros. Ce sont là des encouragements pour d'autres que ce genre de gloire peut tenter. Il est d'ailleurs acquis que l'exemple est contagieux, et que la publicité donnée à tous les détails d'un crime provoque infailliblement des tentatives toutes semblables. Enfin la majesté de la loi souffre de cette curiosité qui met comme une auréole au front du malfaiteur. Son action mérite horreur et mépris : ne lui accordons pas autre chose, sauf pour lui cette pitié qu'on doit toujours à une créature humaine, même quand la loi la frappe justement. Mais que chacun détourne silencieusement la tête devant celui qui s'est mis par son crime u en dehors de la société. Que la réprobation publique soit sérieuse, grave, attristée, sans faiblesse, et que le châtiment soit accueilli par tous comme une de ces nécessités douloureuses dont la responsabilité retombe tout entière sur ceux-là seuls qui contraignent la loi à s'armer de telles rigueurs.

C'est manquer encore de respect à la loi que de mettre en doute le droit qu'elle a de punir. En morale, la liberté est comme un axiome qui ne se démontre pas. S'il y a liberté, punir le crime est légitime, même obligatoire. Soutenir le contraire, c'est battre en brèclie l'autorité de la loi, la flétrir comme s' attardant à des cruautés aussi iniques que superflues. Autant dire qu'elle est un lâche et odieux abus de la force. Le :€riminel fût-il d'ailleurs un malade, comme quelquestuns le soutiennent, la répression serait juste encore, parce que la société a toujours le devoir de se défendre ontre qui la met en danger. Un bon citoyen s'inter-

dira de penser et de dire que les lois pénales sont d'inutiles et révoltantes barbaries. Il ne laissera pas se dissoudre en lui la notion salutaire de la responsabilité. Il ne se refusera à aucune des tentatives qui ont pour but d'adoucir progressivement des lois trop rigoureuses; mais, dans son essence, et abstraction faite de quelques-unes de ses dispositions particulières, la loi sera toujours pour lui l'expression auguste, quoique perfectible, bienfaisante jusque dans ses rigueurs, de la raison, de la conscience, de la loi morale ellemême.

RESUME

I. — L'un des principaux devoirs civiques, la condition première des autres devoirs, est Vohéissance aux lois. Il faut leur obéir, non par crainte des peines édictées contre ceux qui les violent, mais par respect et patriotisme.

D'ailleurs dans les pays libres, chaque citoyen contribue à faire les lois : leur désobéir serait une contradiction. Il faut obéir même aux lois qui paraissent injustes. Seulement on a le droit d'en poursuivre l'amendement ou l'abolition par les moyens légaux.

IL — Il ne suffit pas d'obéir à la lettre de la loi, on doit encore se conformer à son esprit. Tourner la loi, c'est la violer d'une manière hypocrite.

La loi doit être aussi respectée dans sa majesté et son autorité morale; il faut par conséquent éviter de la

déconsidérer par des critiques légères et souvent mal fondées.

III. — Quand les agents de la force publique sont tenus en échec par la révolte des violateurs de la loi, les simples citoyens ont le devoir de leur prêter main forte. Ce n'est pas, nous l'avons vu, de la délation que d'aider la justice à découvrir les voleurs et les assassins. S'abstenir par indifférence et égoïsme, par une générosité mal placée, ou par crainte d'une vengeance possible, c'est se faire complice des crimes que pourra commettre encore le malfaiteur impuni. Si tous les citoyens honnêtes étaient courageux et résolus en face des méchants, ceux-ci seraient intimidés et la sécurité publique se trouverait mieux assurée.

IV. — La curiosité qui s'attache aux causes célèbres est malsaine et dangereuse pour la société. Le criminel peut inspirer de la pitié, il ne doit pas inspirer de sympathie.

Il convient aussi, par respect pour la loi, de ne point mettre en doute le droit qu'elle a de punir. La liberté morale implique la responsabilité, et par suite le chârtiment.

Ouvrages à consulter :

Platon, Le Criton. (Prosopopée des lois.) Barni, La Morale dans la Démocratie. (11" et 12* leçons.) E. Beaussire, Les Principes du droit. (L. II, ch. ii, ni.) E. Caro, Problèmes de morale sociale. (Du droit de punir.) Ch. Waddington, Dieu et la Conscience. (2« partie, ch. v.) L. Carrau, La Morale utilitaire, (2" partie, 1. II, ch. v.)

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