I. — RESPECT DES MAGISTRATS
Si la loi est respectable par elle-même, elle commande aussi le respect pour tous ce-ux qui, à un titre quelconque, sont ses ministres ou ses représentants. Dès qu'un homme est revêtu de ce caractère, il prend en effet quelque chose de l'inviolabilité de la loi. C'est là ce qu'on appelle un magistrat.
Les magistrats proprement dits sont les juges, les membres des parquets, les commissaires de police, etc. Le respect qui leur est dû s'adresse sans doute moins à leurs personnes qu'à leurs fonctions ; cependant cette distinction est bien subtile, et tant qu'il n'est pas manifestement prévaricateur, le magistrat doit être respecté pour lui-même. Ses fonctions, en effet, exigent des vertus spéciales. Outre que sa vie privée doit être
sans tache, il lui faut la probité la plus scrupuleuse, le courage civique, aussi méritoire et plus rare que le courage militaire, une fermeté qui sache résister aux sollicitations des intérêts les plus chers, des affections les plus tendres, de la pitié, même la plus excusable. Il doit avoir quelque chose de Timpassibilité et de l'impersonnalité de la loi. Il ne lui est pas plus permis de céder à la faveur qu'à la menace, à la sympathie qu'à la colère. Son jugement, son réquisitoire, c'est la loi même qui les prononce par sa bouche. Eût-il absous dans son cœur, il ne peut absoudre sur son siège, si la loi veut qu'il condamne. De telles fonctions, pour être remplies comme elles doivent l'être, veulent des qualités morales en quelque sorte exceptionnelles, et le bon magistrat est par lui-même un modèle proposé à la vénération de tous.
Mais par une extensioji assez naturelle, tous les dépositaires d'une partie de l'autorité publique reçoivent le nom de magistrats. Sous-préfets, préfets, les ministres, le président de la République, peuvent être dits, au sens le plus large du mot, des magistrats. Tous ont droit, par là-même, au respect des citoyens.
Rien n'est plus blâmable que cette habitude de critiquer quand même les actes de ceux qui exercent le pouvoir. Dans un pays libre, ceux qui sont à la tête des affaires sont sans doute justiciables, non seulement du vote des Chambres, mais encore du verdict de l'opinion, nous sommes loin de demander pour eux une approbation toujours prête et une servile adhésion. Eux-mêmes, s'ils sont dignes vraiment du poste qu'ils
occupent, doivent appeler, solliciter un incessant contrôle. Mais un bon citoyen leur saura gré de leurs efforts; il mesurera les difficultés de leur situation, le labeur écrasant qu'elle exige, et loin de pencher du côté d'une opposition tracassière, impitoyable, souvent injuste, il sera toujours prêt à prêter le plus loyal concours aux bonnes volontés de ceux qui gouvernent. Il saura que pour un honnête homme le pouvoir n'est pas toujours chose enviable, et qu'il ne l'accepte que parce que c'est un devoir. Il ne lui rendra pas ce devoir plus lourd et plus difficile encore en se joignant, sans les plus sérieux motifs, à ceux qui le combattent. Surtout, il n'aura que mépris pour toutes ces calomnies basses dont sont abreuvés les hommes publics. Si l'honneur d'un simple particulier mérite que nous le respections et prenions sa défense, à plus forte raison celui d'un homme qui, par la position qu'il occupe, représente un peu l'honneur du pays même.