II. — DEVOIRS SPÉCIAUX DES CITOYENS ENVERS LES MAGISTRATS
De tout temps, la calomnie s'est déchaînée contre les puissants : c'est comme la rançon de leur grandeur. Chez les peuples libres, la presse, pouvant à peu près tout dire, lui donne, par une publicité sans mesure, une force redoutable. C'est, pour un bon citoyen, un motif de plus de ne pas croire à la légère que les intérêts suprêmes du pays sont en des mains indignes. Non seulement il ne le croira pas sans les preuves les
plus convaincantes, mais il fera comprendre aux autres le caractère immoral d'une telle crédulité. Qu'au milieu des attaques qui les assaillent de toutes parts, ceux qui gouvernent puissent au moins compter, tant qu'ils n'ont pas mérité de les perdre, sur la confiance, l'estime et le respect des honnêtes gens.
Ces devoirs généraux envers les magistrats se précisent, pour chacun, à l'égard de ceux dont il est plus immédiatement dépendant. Le fonctionnaire, par exemple, ■doit spécialement obéissance et respect à ses chefs hiérarchiques ; le simple particulier à ceux des fonctionnaires avec qui ses relations sont le plus fréquentes. Ainsi, à tous les degrés de la société civile et politique des obligations réciproques de subordination respectueuse et volontaire unissent entre eux les citoyens ; en cela consiste l'ordre social, par là se réalise, pour le plus grand bien et la plus grande dignité de tous, l'accord, si souvent déclaré impossible, de l'autorité et de la liberté. Ministres et chef suprême de l'État doivent à leur tour obéissance et respect à la volonté nationale, légalement exprimée. La loi n'est elle-même, en dernière analyse, que cette volonté, pure de toute passion, imposant à tous ce que la raison de tous a jugé nécessaire aux intérêts permanents de tous. On obéit donc, en obéissant à la loi et aux magistrats, non à des volontés individuelles, arbitraires et tyranniques, mais à sa propre raison, à son propre intérêt, en prenant ce mot dans ce sens supérieur où il se confond pratiquement avec la justice et le bien.