‹ De l'éducation populaire dans l'Allemagne du Nord et de ses rapports avec les doctrines philosophiques et religieusesChapitre 44 sur 131 · RÔLE DE L’ÉGLISE ÉVANGÉLIQUE · texte numérisé non relu

RÔLE DE L’ÉGLISE ÉVANGÉLIQUE

tianisme officiel est une branche de l’administration publique ! Non, non , soyez franchement pour l’Église , ou franchement pour le libre examen; soyez catholique, ou soyez protestant. Or les seuls vrais protestants, c’est nous, les amis de la lumière. Nous avons protesté, pendant de longues années, contre la transformation de la communauté (Gemeinschaft) en Église (Kirehe), et c'est parce que notre protestation a été vaine que nous avons rejeté le nom même de l’Église, et que nous sommes devenus libres communes 1 . »

Ainsi, ce n'est pas au catholicisme que le pasteur de Magdebourg réservait ses mépris; c’est à ce fils bâtard de la réforme qu’on appelle le protestantisme orthodoxe, à ce compromis illogique, qui, sous les traits d’une religion, n'est que le masque d’une pensée politique.

Et maintenant, sur quelles bases devait reposer l’édifice qui allait abriter les générations nouvelles? « La commune, reprenait M. Uhlich, la commune vivante, la libre commune, repose sur cette conviction que l’esprit de l’humanité possède une puissance invincible de développement : respect à la souveraineté de l’esprit, respect à la liberté de son essor ! La forêt est-elle moins belle parce que des arbres d’espèces diverses y projettent leurs branches vers le ciel? Encore une fois, nous nous rallions à ce cri : Une commune, point d’Église! >

Que si l’on demandait au pasteur ce qu’il pensait de la personne du Christ : «Ce qu’est Jésus en lui-même, répondait-il, je n’en sais rien, et la réponse me manque ; mais, ce qu’il est pour moi, cela je le sais : il est mon Sauveur... Que Jésus ait vécu, qu’il ait été une personne unique sur la terre, je le crois, car on le juge assez aux fruits qu’il a laissés, mais ma raison m’interdit de le reconnaître comme Dieu. »

1 , Sonnstags blatt, 1852 .

SECONDE PARTIE

Voilà quelle était en 1845 la profession de fol de soixante à quatre-vingts pasteurs de l'Église évangélique, quel était à leurs yeux le fondement de l’Église protestante.

Qu’on ne se méprenne point sur notre pensée. Je ne reproche pas à M. Uhlich d’avoir rompu en visière avec le dogmatisme protestant. Je serais plutôt tenté de lui en savoir gré. Il a fait preuve, en cela, de sincérité et de courage. M. Uhlich n’est pas une sorte de vicaire savoyard pensant non, disant oui : ce qu’il pense il l'enseigne ; or, le principe protestant une fois posé, de quel droit enchaîner l’esprit dons les liens d’une formule? Le protestantisme n’a de raison d’être qu’à la condition de frayer la route à la libre pensée ; il est le commencement du rationalisme; il est cela ou il n’est rien. Seulement, une fois le frein brisé et la carrière ouverte, reste à savoir où s’arrêteront la logique et le désespoir de l'esprit humain.

Nous avons constaté le point de départ de M. Uhlich, indiquons maintenant ce qui est, pour lui , le point d’arrivée. Ce sera faire connaître le chemin parcouru, sous l’impulsion de certains pasteurs et de certains maîtres d’école , par une fraction considérable des populations protestantes de l’Allemagne du Nord. Pénétrons plus avant dans la théorie des libres communes : c’est ici que Henri Heine pourra dire :

• Nous laissons le ciel aux anges et aux moineaux'. >

En accusant les doctrines du pasteur de Magdcbourg , je n’entends point mal parler de sa personne. J’ai vu de près M. Uhlich ; il m’a reçu sans défiance, quand je lui étais parfaitement inconnu ; il m’a introduit dans l’intimité de sa vie

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