CHAPITRE PREMIER
Réaction contre la première moitié du dix-neuvième siècle. — Principes fondamentaux (Grundzlige) de 1854.
De tels défis voulaient être relevés. Ils eurent ce salutaire effet d’arracher les esprits aux illusions du sommeil.
Sous le feu même des passions ennemies, une école pédagogique, avec l’appui plus ou moins déclaré des gouvernements, avait maintenu , par ses protestations courageuses, les droits de la pensée chrétienne et du bon sens.
Au lendemain des événements révolutionnaires, ces protestations trouvèrent partout écho, et devinrent la voix même de la conscience publique. En Allemagne, comme ailleurs, les bouleversements de 1848, en révélant l'abime, indiquèrent la voie du salut.
« Lorsqu’on a commencé à livrer l’enseignement positif de la doctrine évangélique et les mœurs de la vie chrétienne à l’action délétère d’un scepticisme stérile, et à répandre au sein des masses ud esprit superficiel de critique; lorsqu’on s’est efforcé de substituer aux liens puissants de la Famille et de la Commune les illusions trompeuses d'une rénovation radicale ; on a dû prévoir, comme une conséquence nécessaire de cette révolution accomplie dans les consciences, la chute
des barrières morales et l’anéantissement de toute autorité 1 .»
Ainsi parle le recueil qui représente, dans le monde pédagogique, en Prusse, les principes traditionnels, et qui, au point de vue des doctrines religieuses, prend le contre-pied des Rheinische Blatier ».
«Ne nous aveuglons pas, poursuit le Schulblaii, et ne partageons pas l’erreur de ceux qui croient l’ennemi vaincu parce que l’agitation du combat extérieur estapaisée. Les idées destructives continuent à vicier la vie à sa source, et ont pénétré jusqu’au cœur du peuple 3 .... 11 faut faire peser sur notre système pédagogique la part de responsabilité qui lui appartient. Là où il convenait de mettre en lumière les trésors de la parole divine, on a nourri les esprits des jeunes maîtres des stériles rêveries d'un système ; là où il s’agissait d’ouvrir à leurs regards les perspectives de la révélation, on les a conduits sur le terrain aride de la spéculation et de la critique. »
« Les événements des dernières années, s’écrie une autre voix, nous ont éclairés sur les plaies profondes du peuple allemand et enveloppé son avenir d’un sombre voile Il s’agit
de former nne race nouvelle dans laquelle renaisse la vie religieuse et morale 4 . »
On a vu avec quel sentiment des périls de la situation et d’un grand devoir à remplir, les hommesd’État des différents pays de l’Allemagne favorisent et provoquent la réaction que dé-
1. Schulblatt fur die Provins Brandenburg ; 1852, p. 562. Cette excellente Revue est publiée sous la direction de MM. les conseillers Striez, Bormann et Reichhelm.
2. Voyez un article de M. Richter (livr. de sept. 1852), intitulé : Welche Miingel unserer Lehrerbildung und unseres Schulunterrkhts sind in den Bewegungen der letzten labre hervorgetreten ?
3. Die auflüsenden und zersetzenden Ideen verzehren den frischen und gesunden Saft des Herzens im Volksleben.
i. Gedanken über christlich-nationale Erziehung der Volksjugend, par M. Fürbringer, directeur du séminaire de Berlin.
termine l’instinct du salut social. Nous avons parlé des mesures prises par la haute administration pour remplacer les maîtres convaincus d’hostilité aux idées religieuses. Ces efforts des gouvernements , ces substitutions d'hommes à hommes ne sont que le signe de la pensée nouvelle qui aspire à transformer les faits en maîtrisant les esprits. Cette pensée n’est autre, à beaucoup d’égards, que celle qui inspirait l’enseignement populaire pendant la première période dont nous avons esquissé les traits*.
« L’éducation , se reprennent à dire aujourd’hui les représentants d’une saine Pédagogie 1 , est la restauration de l'homme déchu en sa dignité originelle; c’est l’illumination de l’esprit de l’homme par les vérités de l’Évangile. » De nouveau on invoque Spener et Franeke ; on renie les théories de Basedow, de Campe, de Salzmann et de toute l’École philanthrophique ; ce n’est plus qu’avec défiance que l’on admet les principes de Pestalozzi à figurer dans l’inventaire de la science pédagogique; et en regard des appels à Y Émancipation de l'Ecole, dont les derniers échos viennent expirer dans les Rheinische Bldtter , on définit ainsi la vocation de l’instituteur :
« L’Instituteur a pour mission d’enraciner dans les jeunes âmes les croyances fondamentales, de les développer avec amour, de telle sorte que plus tard, sous l’impulsion de Dieu et de la conscience, elles se révèlentchaque jour de la vie, et soient à l’homme un appui et un bouclier 3 . »
« L’éducation, dit-on encore, doit être à la fois chrétienne et nationale. Comme telle, elle s’efforce de faire de l’eufant le digne membre de deux sociétés, l’Église et l’État; elle a