DU TARIF LÉGAL
pour elles, les dépenses iront peut-être toujours en augmentant.
M. Caillaux à repris cet argument (Journal officiel, 25 mai 1875). Jusqu'ici, en France, fait-il remarquer, on a toujours abaissé. Il fallait baisser les prix pour augmenter le trafic et faire voyager des marchandises qui sans cela seraient restées chez elles. Mais pourra-t-on continuer longtemps cette marche descendante ? Assurément les prix de péage resteront les mêmes, puisqu'ils ne sont qu’une représentation de l'intérêt et de l’amortissement de la dépense de construction, dépense qui ne se renouvelle pas, mais le prix de transport qui représente la dépense d'exploitation peut aller en augmentant. En effet, tout augmente: le salaire des employés s’est élevé rapidement, les matières employées : traverses, charbon, graisses, huiles, etc., ont une tendance à renchérir. De plus l'augmentation du trafic ne va pas sans frais : il à fallu et 1l faudra encore agrandir les gares, créer de nouvelles voies de garage, poser des doubles voies, acquérir un matériel plus considérable.
En un mot, il se forme deux courants contradictoires : d’un côté abaissement du prix de transport réclamé de plus en plus par l'opinion publique, de l’autre renchérissement de tous les frais de transport.
Qu’arrivera-t-1l si un jour le transport coûte aussi
cher et même plus que le prix perçu en vertu du tarif légal? Ou bien par suite de la garantie d'intérêt, l'Etat devra subir la perte, ou bien il faudra se résoudre à reviser les conventions, et par un nouvel aecord, relever les prix du tarif maximum.
Avec M. de Foville (1), nous ne saurions croire ces dangers bien menaçants. L'expérience a jusqu'ici prouvé le contraire: c'est au moment où les nouvelles mines d’or faisaient tout renchérir que les prix de transport baissaient le plus. Les causes qui ont déjà amené ces abaissements pourront en provoquer encore : améliorations des modes de transport, utilisation meilleure du matériel, etc. se traduisent nécessairement par des économies. Enfin, s'il est vrai de dire que l'augmentation de trafic est une cause de dépense, elle est avant tout une cause de recettes. Il y a des frais généraux qui restent les mêmes, et pour ceux qui varient, 1ls n'augmentent pas dans la même proportion que le trafic.
En un mot, non seulement le relèvement des tarifs nous parait un danger illusoire, mais de plus tout porte à croire que, longtemps encore, les prix suivront une marche toute contraire (2).
(1) De Foville, Moyens de transport, p.83.
(2) Dans un discours au Sénat en 1878, M. Solacroup, directeur de la Compagnie d'Orléans, exprimait la même opinion : « En ce qui concerne les marchandises, je ne crois pas les tarifs actuels susceptibles d'être relevés. Il faut espérer au contraire que les
accroissements à venir de notre trafic nous permettront de leur faire subir de nouveaux abaissements. »