CHAPITRE II
LE SÉNATUSCONSULTE Ullimum.
9. Origine du sénatusconsulle uLrImUM. — Pendant le siècle qui suivit la guerre d’Annibal, une double transformation s'accomplit dans la constitution romaine. D’une part, la composition des comices, et par suite le mécanisme électoral, fut modifié dans un sens démocratique. D'autre part, la véritable direction des affaires passa des consuls au Sénat, qui n'avait été, dans le principe, que leur conseil. Grâce à son alliance avec les tribuns de la plèbe, le Sénat sut tirer à lui peu à peu les finances, la diplomatie, l'administration des provinces, la sûreté intérieure, tout jusqu’à la direction suprême des opérations de guerre; les consuls furent réduits au rôle d'agents exécutifs.
Le Sénat était en théorie un corps ouvert, puisqu'il se composait de la réunion des anciens magistrats, triés par les censeurs. Mais, en réalité, les magistratures curules, qui donnaient accès au Sénat, étaient dans la possession exclusive d'un nombre assez restreint de familles, qui seules étaient assez riches, assez considérées, et soutenues par une clientèle assez forte, pour conquérir les suffrages d’une multitude de plus en plus vénale. Ces familles, unies entre
elles par des intérêts communs d’ambition et de fortune, finirent par constituer une aristocratie nouvelle, une aristocratie d'argent et de robe, qui hérita des traditions orgueilleuses et cupides du patriciat, ‘sans hériter de ses fortes vertus. Maîtresse du sol italique, maîtresse des magistratures et par elles du
Sénat, cette aristocratie s’y cantonna comme dans une citadelle inexpugnable, et lorsque, par extraordinaire, elle consentait à s'ouvrir à un homme nouveau, dont le mérite s’imposait, ce n'était qu'à la condition qu'il adoptât ses principes jalousement conservateurs, parfois même qu’il les exagérât, pour faire pardonner son origine.
Tant que Carthage et la Macédoine furent debout, le Sénat justifia ses usurpations par ses services ; mais lorsque la chute de ces deux rivales eut livré à Rome l'empire du monde civilisé, elle se regarda et vit qu'elle n’avait fait que changer de maîtres. Alors entre l'aristocratie sénatoriale et une démocratie désunie et versatile, mais forte parce qu’elle était le nombre, et audacieuse parce qu’elle était la misère, s'engagea une lutte opiniâtre, à la fois politique et sociale, qui dura un siècle et se termina par la soumission des deux adversaires sous un maître commun. Cette lutte, qui commence avec les Gracques, se présente tour à tour sous les aspects les plus divers. Tantôt elle reste sur le terrain légal, tout se borne à des projets de loi révolutionnaires et à des
brigues électorales acharnées ; tantôt on procède