Journal de Masselin, p. 507 et suiv
La thèse soutenue avec éloquence par l'orateur de la noblesse se ramenait en somme aux idées suivantes :
1° Le peuple n’est pas seulement représenté aux Etats par les députés du tiers. mais aussi par ceux du clergé etde la noblesse;
2° Dans les élections d’où sont sortis les Etats de 1484, les députés, à quelque ordre qu'ils appartiennent, sont censés tenir leurs pouvoirs de tous les électeurs des trois ordres, d’où cette conclusion qui paraît s'imposer que le véritable mandant est le bailliage, personne morale ;
3° Il faut étendre au bailliage les règles applicables à la France dont il n'est qu'une division, Or, que voyonsnous en France ? Ceci, c'est que chaque ordre remplit un rôle spécial dans l'Etat. Le clergé prie, conseille, prêche ; la noblesse protège le royaume contre les attaques du dehors; le tiers nourrit ses défenseurs et ses conseillers; n'est-il pas dès lors naturel qu'il supporte les impôts qui seront levés pour indemniser les députés.
Il faut reconnaître que ce raisonnement, bien qu'’aboutissant à des conséquences très dures pour le tiers, cadre parfaitement avec le système d'élection adopté en 1484, combiné avec la conception qu'on se faisait dans notre ancien droit des rôles différents des trois ordres. Pourtant la solution proposée qar Philippe de Poitiers ne triompha pas,non pour des raisons de droit,
mais uniquement pour des considérations d'humanité.