PRÉFACE XV
l'entendement). En résumé,' si la Critique doit avant tout justifier et fonder la Science, il ne nous semble pas qu'elle soit pour cela obligée de ruiner la Métaphysique; tout au contraire, elle la prépare et y achemine naturellement.
On sait du reste que la Critique kantienne n'a prétendu ruiner que la Métaphysique conçue comme la connaissance des choses en soi, mais nullement la Métaphysique entendue comme le système des principes de la nature : et l'exemple même de son auteur1 montre que ces principes sont au fond les lois de la pensée, et qu'ils doivent être cherchés dans l'analyse critique de nos facultés de connaître. Donc, en tout état de cause, la Critique ne supprime pas plus la Philosophie de la nature que la Philosophie de l'esprit. Seulement, si Ton renonce à la chimère ontologique de 1' « être en tant qu'être » ou de la « chose en soi », c'est la Philosophie de la nature qui devient (ou plutôt redevient) la véritable Métaphysique, au sens primitif et étymologique de ce mot : or, comme elle repose nécessairement sur la Science de la nature, elle se confond avec la Philosophie des sciences, ou tout au moins y prend racine. Qui nous dit, en effet, que les jugements synthétiques a priori qui constituent la Métaphysique soient autres que ceux qui constituent la Mathématique pure et la Physique pure? Dans tous les cas, que l'on recherche les principes de la nature ou les lois de la raison, c'est toujours à la Critique de la Science qu'il faut recourir, et par elle qu'il faut commencer : de sorte que la Théorie de la connaissance engendre en même temps une Philosophie de la nature et une Philosophie de l'esprit. Encore une fois, la Métaphysique ainsi entendue, comme la Critique qui en est la source, n'a rien à craindre des progrès de la
4. Ka>t, Premiers Principes métaphysiques de la Science de la Salure, trad. Andler et Chavannes (Alcan, 1891).