CU. II. — CRITIQUE DE LA THÉORIE EMPIRISTE
psychologique et positiviste. Elle se borne, en effet, à décrire l'acte psychologique du dénombrement, sans en rechercher le principe et la raison d'être ; elle constate le fait matériel et positif, à savoir que Ton compte les objets en disant (mentalement) : « Un, deux, trois, quatre,... » mais elle ne peut l'expliquer, car elle en ignore la signification logique et la valeur rationnelle. Elle ne voit dans cette opération que le côté extérieur et superficiel, et ne s'occupe pas des conditions idéales qui la rendent possible et intelligible; elle réduit par suite l'idée de nombre à un simple signe oral ou écrit, et elle aboutit fatalement à ce formalisme verbal qui est le nominalisme des mathématiciens '.
!. Cf. Gaktor, ap. Zeitschrift fur Philosophie, t. 91. — Le présent Livre était entièrement écrit lorsque nous primes connaissance du 1er volume de la Philosophie der Arithmetik de M. Husserl, privat-docent à l'Université de Halle. Nous y avons trouvé (Anhang zum J. Theile, p. 190 sqq.) une critique de la théorie • nominaliste » de Helmholtz et Krobeckea, fort voisine de la nôtre. Nous nous sommes bien gardé de modifier la rédaction du présent Chapitre à la suite de cette lecture : la rencontre des idées, l'analogie des arguments et les coïncidences même d'expression n'en auront que plus d'intérêt et de prix. Peut-être sommes-nous mieux placé que M. Husserl pour réfuter la théorie empiriste, car, comme on le verra dans le Chapitre 111 [9], notre doctrine diffère de la sienne sur un point essentiel, à savoir sur l'idée rationnelle d'unité. Cette divergence tient à ce que M. Husserl se confine trop exclusivement dans les « recherches psychologiques et logiques », et croit pouvoir résoudre par l'observation intérieure des questions de critique qui relèvent plutôt de la déduction rationnelle (au sens kantien du mot). Cela ne nous empêche pas de reconnaître et de louer la finesse de ses analyses, la justesse et la subtilité de ses raisonnements, la richesse de son érudition, et de recommander la lecture de son Ouvrage, si consciencieux et si complet, à ceux qui voudraient approfondir les questions relatives à l'idée de nombre et en connaître l'histoire.