‹ De l'infini mathématiqueChapitre 8 sur 271 · PREFACE XI · texte numérisé non relu

PREFACE XI

psychologiques que Ton surprendra le secret de ces opérations et qu'on se rendra compte de leur valeur. Jamais n'apparaîtront dans l'intuition sensible les règles qui unissent nos idées, guident nos jugements et nos raisonnements, et nous font distinguer le vrai du faux. En général, la méthode empirique qui consiste à étudier les démarches de l'esprit à la façon des phénomènes physiques ne permet pas de pénétrer les raisons profondes de leur enchaînement. Ceux qui se flattent de découvrir les lois cachées de la raison en observant la surface ondoyante et mouvante de la conscience ressemblent à celui qui prétendrait expliquer la marche d'un vaisseau par le remous et le clapotis des flots qu'il soulève, sans connaître le gouvernail qui le dirige et l'hélice qui le pousse en avant.

Ainsi, malgré les apparences, la Psychologie introspeclive ne peut saisir l'esprit dans sa spontanéité intime et vivante, encore moins la Psychologie expérimentale et physiologique : car elles n'atteignent l'esprit que dans ses manifestations extérieures, et l'étudient pour ainsi dire du dehors. Au contraire, la vraie méthode pour connaître l'esprit est celle qui pourrait paraître au premier abord extérieure et superficielle, et qui consiste à l'étudier dans son ouvrage, qui est la connaissance, et spécialement la Science. Ce paradoxe est facile à justifier : de même que l'on ne comprend bien une machine qu'en la regardant marcher, de môme, pour pénétrer les procédés de l'intelligence, il faut la voir à l'œuvre. Il y a plus : pour avoir une juste image des opérations latentes de la raison, il faudrait la comparer à une machine invisible dont on n'apercevrait que les produits, et dont on ne pourrait connaître la structure que par les traces qu'elle y laisse et la forme qu'elle leur imprime. De môme, on doit laisser la pensée opérer spontanément en vertu de son mécanisme inconscient, et l'étudier après coup dans ses

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