XII PRÉFACE
ouvrages, en y relevant l'empreinte des rouages intellectuels qui les ont façonnés.
C'est donc dans la Science, et surtout dans les sciences faites et régulièrement constituées, que Ton doit étudier l'organisation de l'esprit et le prendre pour ainsi dire sur le fait. C'est dire que la Philosophie consiste essentiellement et avant tout dans la Critique générale des sciences; et quand elle n'aurait pas d'autre fonction, elle y trouverait une raison d'être suffisante et éternelle : car toute science s'appuie sur des principes ou des notions supra-scientifiques qui ne relèvent pas de sa méthode et qu'il ne lui appartient pas de vérifier, puisqu'elle les suppose. Ces données fondamentales, que la Science est obligée de postuler, mais qu'elle n'expliquera jamais, sont et resteront le domaine propre de la Critique. Ainsi conçue, la Philosophie n'empiète pas sur le domaine de la Science, et partant ne s'expose à aucun démenti de sa part. De son côté, la Science, au lieu d'évincer la Philosophie par son progrès indéfini, ne fait, en se développant, que fournir à la réflexion critique une matière de plus en plus riche et abondante. Loin de supprimer ou de résoudre les problèmes critiques que recèlent ses principes, elle les pose avec plus d'urgence et aussi de clarté, elle en précise et en simplifie les termes, et sans en donner la solution, qui n'est pas de son ressort, elle la prépare et en fournit les éléments.
Est-ce à dire que la Philosophie ne puisse plus être qu'une Critique? Nous ne le pensons pas. Tout d'abord, une Critique implique et engendre nécessairement une Théorie de la connaissance, car elle aboutit à distinguer divers modes et divers degrés de connaissance, et par suite diverses facultés de con-