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DUGUIT ET LA DISTINCTION MATÉRIELLE DES FONCTIONS

Ces doctrines de la personnalité et de la souveraineté de l'Etat, dont Carré de Malberg a été en France le plus brillant représentant, n’ont pas rencontré de critique plus sévère, d'adversaire plus résolu que Duguit. Cette opposition va se marquer dès les premières pages de leurs œuvres. Carré de Malberge considère comme un fait observable l’existence de l'Etat : personne juridique douée d’une volonté supérieure à celle des sujets. Et le droit constitutionnel consiste pour lui à étudier les manifestations de cette volonté et les formes dans lesquelles elle est émise. Aux veux de Duguit, de telles affirmations sont autant de postulats indémontrables : « Toutes ces doctrines... ne sont qu'hypothèses et fictions... Les faits, les voici : des hommes qui ont des besoins communs et qui ont des aptitudes di-

(1) Nous avons plus particulièrement consulté pour cet exposé sommaire les œuvres suivantes de Duguit :

« L'Etat, le droit objectif et la loi positive ». Paris, Fontemoing, 1901.

« Manuel de droit constitutionnel », Paris. Fontemoing, TOI.

« Traité de droit constitutionnel », 2° édition, en 5 volumes, Paris, Fontemoing, 1921.

« Traité de droit constitutionnel », 3° édition (interrompue au tome 2). Paris, Fontemoing, 1927.

verses, qui échangent des services, qui ont toujours vécu en commun et toujours échangé des services, qui, par suite de leur nature physique, ne peuvent vivre qu'en commun et en échangeant des services, des hommes dont les uns sont plus forts que les autres et dont les plus forts ont toujours imposé une contrainte aux plus faibles, des hommes qui agissent, qui ont conscience de leurs actes. Voilà les faits. » (2). On peut dire que dans ces quelques lignes est esquissée toute la doctrine de Duguit sur

le Droit et l'Etat,

SECTION Î

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