XIV PRÉFACE
Saumaise a réussi à dissiper les ténèbres cïmmêriennes qu'il reprochait à ses devanciers d'avoir laissé planer sur ce sujet (1). Ce qu'il y a de certain , c'est qu'après Solon , Miltiade , l'illustre vainqueur de Darius, n'ayant pu payer l'amende de cinquante talents à laquelle il avait été condamné par ses ingrats concitoyens , mourut dans les prisons d'Athènes comme un débiteur insolvable (2) ; c'est que son fils Cimon partagea sa prison avec lui, et ne put en sortir que lorsque sa femme , craignant que la postérité de Miltiade ne s'éteignît dans les fers, divorça avec lui et épousa le riche Gallias, à condition qu'il paierait la dette dont Cimon avait hérité (o). Il est constant, en effet, que, jusqu'au temps de Démosthènes, l'emprisonnement pour les dettes du fisc resta le droit commun à Athènes , et l'on peut voir, dans le discours du célèbre orateur contre Timocrate , les raisons d'intérêt public , d'économie financière et de conservation qui lui faisaient considérer comme funeste à l'État toute mesure tendant à énerver un moyen de contrainte d'où dépendait à ses yeux le maintien de la foi publique, la solde de l'armée, la pompe des sacrifices , l'exactitude dans les engagements avec les alliés. Démrosthènes nous apprend encore, dans
Solon détruisit une loi de servitude, mais non pas une loi d'emprisonnement.
(4) « Quas res tenebris involverunt yiri docti non minori- » bus, quàm quibus obruuntur Cimmerii. » (P. 756.)
(2) C Nepos, Milliad., 7.
(o) /f/., Fie de Cimon , \ et 2.