‹ De la contrainte par corps en matière civile et de commerceChapitre 17 sur 255 · PRÉFACE. XX · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XX

ressources pour payer son créancier, quand la nie du champ paternel était insuffisante pour acquitter ce qui était du pour le capital aussi bien que pour les intérêts (plus forts presque toujours que le capital), alors il obligeait son corps, et soldait avec ce gage vivant une dette écrasante. Cette progression de la dette, qui, semblable à un ulcère, ronge d'abord le patrimoine du débiteur, et pénètre ensuite jusqu'à son corps, estdécriie par Tite-Live avec une effrayante énergie (1). Dans les premiers siècles de la république, c'est surtout par-là que les patriciens conservèrent leur puissance sur la classe plébéienne. Riches tandis que le plébéien était pauvre; augmentant leur fortune par la guerre tandis que la guerre ruinait le plébéien, ils faisaient état de prêter à intérêt aux citoyens pressés par le besoin. Mais ils n'exerçaient pas ce métier en usuriers vulgaires; une profonde politique présidait à leur industrie; et la noble ambition de gouverner Rome selon leurs vues y tenait autant de place que l'avarice. La dette était le grand moyen de manier les esprits, de tenir le peuple à distance, de concentrer la force dans les mains de cette haute et sévère aristocratie, à qui avaient été confiés les

(1 ) II, 23 : « iEs alienum fecisse ; ici, cumulatum usuris, » primo se agro paterno avitoque exuisse; deindè forlunis « aliis. Postremô velut tabem, pervenisse ad corpus. Ductuni » se à creditore , non in servitium, sed in ergaslulum et >» carnifirinam esse. »

Plus tard, le même fait se réalise : Sorte ipsâ obruebantur râpes, nexumque inibant. Tit. Liv., VII, 19.

XXIV rilÉlACE.

secrets de la religion et de l'État et l'avenir de la patrie. Un instant cependant, les premiers consuls, voûtent rendre plus populaire l'expulsion desTarquins, songèrent, comme Servius, à abolir l'esclavage pour dettes (1). Mais, la peur des Tarquins passée, on en revint au vieux droit (2). Les patriciens avaient un trop grand intérêt au nexum, à ce contrat qui, après l'absorption du patrimoine du plébéien, mettait dans leurs mains sa personne et sa liberté. Les engagements étaient si nombreux qu'un vaste réseau tenait presque toute la classe plébéienne enlacée, et il était à craindre qu'en pressant les, conséquences inévitables des prêts, on n'arrivât à l'expropriation et à la servitude de la moitié du peuple. Mais quand le droit conduite de pareils résultats, il cesse d'être le droit, et la révolte est le triste correctif de ses prétentions absolues.

Pour savoir si les séditions populaires de Rome eurent une cause sérieuse, il faut se faire une idée exacte des nexi et de ces engagements qui exerceront une si grande influence sur la condition des plébéiens et sur les troubles civils de la république (3). Des savants du premier ordre, tels que

(1) Denys, V, 2.

(2) Tit. Liv.,11, 21.

<3) V. M. Niebohr, t. 2, p. 367 et suiv.;

M. Zimmern, Traité des actions, § 14;

M. Bonjean, Des actions, § 16 i.

M. Schilling, Traité du droit de gage, § 240 (note) (trad. de M. Pellat), ne peut croire que le nexum ait consisté dans un engagement que le débiteur faisait lui-même de sa

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S umaise et Niebuhr, ont porté sur ce sujet les lumières de leur vaste érudition. Mais le premier n'était pas assez jurisconsulte (l),et le second avait trop de goût pour les témérités scientifiques. Il faut profiter de leurs recherches; il ne faut pas s'en rendre esclave.

Et d'abord, le nexus était ainsi appelé à cause du contrat solennel qui présidait à son engagement. Le nexum, dans l'acception primitive, était le nom

ibérique de tous les agissements contractés per cvs et libram (w2). Il ne faut pas croire qu'il soit synonyme de gage. Si, dans la langue du Digeste, il est quelquefois pris en ce dernier sens (3), d'autres fois aussi il est employé comme désignant des obliga-

propre personne par mancipation, et en vertu duquel il aurait passé avec sa famille et ses biens sous le mancipium du créancier. Il s'appuie sur ce que rien, dans les sources, n'indique qu'un homme libre ait jamais pu se manciper luimême et se placer ainsi dans le mancipium d'un autre. Il invoque M. de Savigny. A mon avis, ce sentiment est marqué par une absence complète d'intelligence historique.

(\) Il s'en vanle souvent.

(2) Festus, v° Nexum, Cicér., Tpoic, 5, 28;

— De oralore, 3, 40;

— Et Pro Cœcinâ) 35.

Varron, VII, 105.

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