XXVIII PRÉFACE
bres; il était capable du service militaire (I); ce n'est qu'entre lui et son créancier que sa position tenait de celle de l'esclave. En un mot, il n'était pas esclave dans un sens absolu, il ne l'était que dans un sens relatif; nuance que la langue latine rendait à merveille en se gardant bien d'appliquer au ncxus la qualification excessive de servus, mais en disant de lui qu'il était ir^servUmm ou in servUuteÇ2). Cette discrétion et cette subtilité de langage se rencontrent plus d'une fois dans le droit romain (3) . Puisque le but du contrat était de procurer au créancier les avantages de la propriété dominicale sur son débiteur , il s'ensuit que ce dernier lui était livré (4) , qu'il entrait dans sa maison (5) ; que là , sous son commandement , sous sa surveillance (6), il travaillait pour lui. C'est, en effet, ce
(1) Tit. Liv., II, 24. Les esclaves n'y étaient pas admis. (Val. Maxime, VII, 6, 1.)
(2) Tit. Liv., II, 23 : « Aliud scrvum esse, aliud servir e. » Junge Quintil., lib, 5, c. 10. .
(3) Par exemple Vin bonis, pour exprimer une situation qui n'était pas celle d'un propriétaire plein et absolu. Etre in liùerlàle, ce n'était pas être libre. Ceux qui étaient affranchis inier amicos n'étaient qu'm liberlate (Quintil., DécL, 311).
Soumaise, p. 877.
(4) Valer. Maxim., VI, 1,9: « Propter domesticam ruinant » et grave œs alienum, G. Plotio ncxum se dare conclus. »
Festus, V : « Deminulus capile appellatur qui liber alteri » mancipio dàtus est. »
(5) Fremebant (nexi) se foris pro libertate et imperio dimicantes, domi à civibus caplos et oppressos esse. (Tit. Liv. II, 23.)
(6) Jus retinendi (Tit. Liv., II, 24).
PREFACE. \\i\
qui avait lieu habituellement. Ses travaux étaient i\ de L'esclave domestique. L'aventure du jeune
Publilius, sur laquelle nous reviendrons toul à l'heure, prouve que le nexus habitait sous le toit du créancier , et qu'il passait sous son autorité pour éteindre, par les travaux de l'esclave, le capital et les accessoires de la dette. Cette situation , du reste , n'était pas un obstacle au service dans . les armées. La guerre ne profitait qu'aux patriciens (1). Us avaient intérêt à la soutenir en faisant enrôler leurs nexu C'est à quoi faisait allusion la multitude ameutée contre Appius, lorsqu'elle déclarait que Rome n'aurait pas un soldat tant que la liberté ne serait pas rendue aux débiteurs ; car elle voulait bien se battre pour la patrie, mais non pas pour des maîtres (2).
Mais cette autorité allait-elle jusqu'à pouvoir vendre le nexus comme on aurait vendu un esclave? Je n'en vois pas d'exemple. Le débiteur n'en-
dt dans le domaine du créancier que pour y travailler comme un esclave et avec la condition de se racheter. Le droit de vente eût excédé les limites convenues.
Au surplus , il ne faut pas s'étonner de notre observation. L'épouse, que la manus avait fait passer dans le domaine quiritaire de son mari , ne pouvait non plus être vendue (3).
(1) Tit. Liv., II, 24 : » Pencs quos prœmia essent. »
(2, Liberlutem unicuique priùs reddenlam esse, quàm
arma danda ; ut pro patriâ civibusque, non pro domlnis pu-
gnent ;Tit. Liv., II, 28).
(3; V. mon Influence du christianisme sur le droit romain.
xxx préf'ace.
Quant au nexus, il n'en éprouvait pas moins un eapitis deminutio (1). Il entrait dans le mancipium du créancier avec sa famille et ses biens , ainsi que cela avait lieu dans l'adrogation et la conventio in manum. Il fallut une sédition populaire pour arracher l'édit en vertu duquel le consul Servilius défendit aux créanciers , pendant la campagne contre les Volsques, de retenir en gage les enfants et les petits-enfants du débiteur (2). Par le même édit , Servilius garantit que les biens des soldats nexi ne seraient ni possédés ni vendus par les créanciers tant que durerait leur service contre les Volsques. M. Niebuhr a très bien fait remarquer que cette extension de l'obligation du père aux enfants en puissance dut être la cause de nombreuses émancipations (3).
Mais ce n'est pas avec le même discernement que cet historien a avancé que le nexus ne passait à Tétat d'esclave de fait, et n'éprouvait de diminution d'état, que lorsqu'à son obligation venait se joindre une sentence du préteur qui le livrait à son créancier. M. Niebuhr prend son point de départ dans cette idée que, tant qu'il n'était intervenu entre le créancier et le débiteur qu'un contrat de mancipation , le nexus n'entrait pas dans la possession du créancier ; car la mancipation toute
(1) Festus, V, loc. cit.
(2) Tit. Liv., II, 24 : « Ne quis... liberos nepolesque ejus m moraretur. » Junge Denys, IV, 29.