‹ De la contrainte par corps en matière civile et de commerceChapitre 21 sur 255 · PRÉFACE. XXXIII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XXXIII

nom du débiteur qui , par suite de la convention, s'est mis dans la possession et sous la main du créancier (i) , et ce mot de nexus réveille presque toujours l'idée de débiteurs livrés, et vivant dans la possession de leurs créanciers. C'est ce que nous voyons à chaque pas dans les événements de l'histoire romaine qui mettent en scène les aexi. Lors des débats suscités par les rogations liciniennes , les tribuns du peuple disaient des patriciens : «Se plaisent-ils donc à voir le peuple écrasé par l'usure et livrant son corps aux chaînes et aux mauvais traitements?» An placeret , fœnore circumventam plebem potiàs, quùm sorte creditum solvat, corpus in nervum ac supplicia dare (2)? Lorsque Tite- Live et Valère Maxime racontent l'histoire de ce jeune et pieux Romain qui s'était engagé à un patricien pour payer les dettes de son père , ils di-

(1) V., par exemple, Tit.-Liv., II, 27. Après la campagne, qui avait donné lieu à une suspension des contrats de nexion, on voit les anciens nexi rentrer dans la possession de leurs créanciers : « Deinceps et qui antè nexi fuerant, crediioribus » tradebantur et ncctcbanlur alii. » Ceux qu'il appelle nexi étaient ceux dont on avait pris la possession.

(2; Tite-Live, VI, 36.

M. Niebuhr prétend qu'il s'agit ici d'une addiclion. Je crois que c'est une erreur. Le mot dare indique un acte volontaire un ncxitm. Ce n'est que dans la phrase suivante que les tribuns, voulant englober dans leur peinture toutes les misères du peuple, ajoutent à la mention des débiteurs nexi celle des débiteurs addicti% et poursuivent en ces termes : « Et » gregatim quotidtè de Jbro addictos duci} et rcpleri vinefis » nobites domos. »

XX\IV PUÉFAGE.

sent : « Cùm se} ob alienumœs paternum dedisset (4) ;» ou bien : « Propter domesticam ruinam et grave œs alienum , nexum se dare admodùm adolescenlulus coaclus esset('2). » Et la suite de l'anecdote prouve que, par cette dation de soi-même , il était entré dans la possession de ce maître impudique. Il n'est donc pas vrai de dire que les nexi n'étaient liés que par un engagement non encore réalisé. Les nexi sont aussi les débiteurs livrés à leurs créanciers , et vivant dans la possession de ces derniers pour y travailler aux travaux des esclaves (3) : débiteurs dont la personne offre ce mélange de la liberté et de l'esclavage que nous signalions il n'y a qu'un instant ; hommes libres de droit , mais esclaves de fait , libres à l'égard de la société , esclaves à l'égard du créancier, tenant le milieu entre le citoyen pleinement libre et le malheureux pleinement esclave.

Quand le nexus avait à obéir à un maître humain , il était exempt de chaînes ; il s'occupait à son travail sans liens qui gênassent sa liberté corporelle (4). Tite-Live en donne des exemples (5). Mais combien de fois aussi , dans les tableaux que cet historien éloquent nous a laissés des luttes des

(1) Tit. Liv., VIII, 28.

(2) Valer. Maxim., VI, 4,9.

(3) V. la Préface de mon commentaire du Prêt, p. lj, note (3). Je cite un passage de Denysqui se combine à nierai cille avec la définition de Varron.

(4) Saumaise, p. 817 et 840.

(5) Tit. Liv.,lib. II, 23.

Page 1