‹ De la contrainte par corps en matière civile et de commerceChapitre 41 sur 255 · LXVIII . PRÉFACE · texte numérisé non relu

LXVIII . PRÉFACE

le montant de la dette sera proclamé à haute voix, afm que quelque ami, touché du sort de l'adjugé, vienne le délivrer en payant. C'est ce que fit Manlius, lorsqu'ayant vu un brave centurion adjugé pour dettes et conduit dans la prison du patricien son créancier, il s'écria avec l'indignation calculée d'un ambitieux qui veut attiser la haine des partis:— « Non! je ne souffrirai, moi le sauveur du »Capitole, qu'un de mes frères d'armes soit traité » comme un prisonnier des Gaulois, et livré à l'es- » clavage et aux chaînes (1). » Aussitôt il paie le créancier et libère le débiteur per œseï libram. L'histoire ajoute qu'il paya de même les dettes de quatre cents débiteurs, et empêcha par-là que leurs personnes ne fussent adjugées et leurs biens vendus (2).

Mais souvent aussi le malheureux débiteur, ainsi exposé aux regards de la multitude, ne trouvait sur son chemin que les railleries et les insultes. C'est à quoi Nonius fait allusion dans une de ses comédies. Pendant que l'on conduit un pauvre adjugé, un mauvais plaisant, jouant le miséricordieux, demande avec un air d'intérêt : Quanti addictus? — Mille minimum, lui répond-on. —Ce témoignage de compassion fait naître l'espoir dans le cœur du débiteur ; il espère que le sort lui a fait rencontrer un concitoyen généreux qui va le délivrer. Mais celui-ci ne préparait qu'un quolibet : Nihil addo;

(\) « In scrtnlulcm ac vincula duci. » (Tit. Liv., VI, 1Û.) (•2; Tit. Liv, VI, 20.

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ducaslicet. Le mot est piquant dans une comédie (i).

Partout ailleurs, c'eût été un jeu d'esprit cruel, une amère dérision.

Maintenant toutes les épreuves sont à leur terme et le dénoûment approche. Les soixante jours expirent sans paiement, sans transaction, sans intervention 'd'un ami. C'en est fait: le débiteur subira la peine capitale; il sera misa mort (2) ; il expiera sur sa tète la peine de sa mauvaise foi. L'addiction arrivera aux dernières conséquences du droit de propriété ; le domaine quiritaire du créancier se révélera par le plus haut degré d'exaltation du jus utendi et abutendi. Si même il y a plusieurs créanciers, qu'ils coupent le corps du débiteur en morceaux et se partagent ses restes sanglants (3). Peu importe que les parts du cadavre ne présentent pas une égalité mathématique. On ne suppose pas que la fraude ait présidé à une division inégale. Le créancier pourra cependant, s'il le préfère , tansporter le débiteur au delà du Tibre pour le vendre comme un esclave et se payer de ce qui lui est dû (4).

Voilà la loi des douzes Tables ! Elle est barbare; elle fait reculer d'horreur (5). Ce qui l'excuse, ou plutôt ce qui l'explique, c'est sa reli-

ai) Cicér., De orat.^ II, G3, l'appelle salsisUmum.

(2) Capilc pœnas sumilo.

(3) » Asl si pluribus erunt reiy terliis nundinis partes se- » cor.fo. Si plus minhsvc secucrint, sine fraude esto. »

(4) « Vcl peregrè Iran s Tiberum leuundalo. »

(5) Aulu-Gelle, loc, cil.

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