‹ De la contrainte par corps en matière civile et de commerceChapitre 43 sur 255 · PREFACE. I.WI · texte numérisé non relu

PREFACE. I.WI

crifices humains (1) et tant d'autres superstitions

sanguinaires (2) dont on ne peut expliquer la Cause que par la domination de ces sombres théocraties, qui croient voir dans chaque acte de la vie civile la présence d'un dieu menaçant, et qui gouvernent F humanité consternée par la peur ou par le mépris d'elle-même. Dieu n'est plus alors la Providence et l'immense bonté. A sa place régnent dieux irrités et implacables qui , après avoir fait le monde, l'ont bouleversé; qui, après avoir créé l'homme, s'en sont repentis; qui sont sourds à la prière et n'écoutent que l'expiation; qui dictent d'en haut les lois, les jugements, les rites civils, voient un sacrilège dans une désobéissance, une impiété dans un manquement, et commandent à outrance les peines, les vengeances et surtout l'offrande méritoire d'un sang coupable. On a dit témérairement: La crainte a fait les dieux! Non ! la crainte n'a pas fait les dieux ; mais elle les a imaginés cruels et impitoyables. Après les grandes catastrophes géologiques, l'homme glacé d'épouvante a attribué à la colère des dieux les

(1, Ces abominables sacrifices se consommaient encore à Rome du temps de la guerre d'Annibal (Tit. Liv., XXII, 57). On enterra vifs un Gaulois et une Gauloise, un Grec et une Grecque.

(2) Par exemple, le massacre des prisonniers, l'abjection béréditaire de certaines classes maudites, les parias, les cagots, le droit de propriété de l'homme sur l'homme, et par suite le droit de vie et de mort sur l'esclave, le fils, la femme, etc., etc.

LXXII PKEFAGE.

phénomènes naturels qui l'ont affligé. L'idée d'une divinité terrible a rempli son esprit. Dans toutes les affaires de ce monde il a vu l'intervention de ces dieux ennemis, armés de la foudre, envoyant les calamités, réclamant sans pitié le sacrifice et la douleur de la créature. Alors la superstition a pris la place de la religion, et les plus grossières erreurs ont obscurci l'intelligence de l'homme et abaissé sa raison.

Si je me reporte aussi loin que je viens de le faire pour trouver la racine d'une tradition inhumaine et cependant générale , c'est que les mœurs des époques civilisées ne peuvent m'en donner le secret. Il faut que j'en appelle à ces âges reculés , à ces âges de fer où la vie était dure et maudite , où le sang humain était de peu. Ces âges ont laissé de longs et profonds vestiges ; quoique la civilisation ait fini par leur arracher l'humanité , ce n'est pas une raison pour perdre la mémoire du rôle qu'ils ont joué. La comparaison d'un tel passé avec le présent rend plus précieuses et plus chères les notions d'équité qui sont la base du droit moderne.

Ceci me conduit aux étonnantes explications que Byiikerskoeck et autres, avant ou après lui, ont données de la loi des douze Tables (1). C'est une

('1) Bynk., Observât., I, \.

Anne Robert, Rer.jud., liv. II, c. 6.

Heraldu*, De rer.judic, auct.y II, 25, § 0, et Animad-

verb, in Salmasii obs., lib. IV, c. 4. Heineccius, Antiq. rom., III, 30.

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