LXXXII PRÉFACE
blit quelquefois et que la nature n'approuve jamais, il choisit précisément une de celles qui sont le plus conformes à la justice et à l'équité ! Pour moi, j'aime mieux ne pas faire Quintilien absurde, et je prends au pied de la lettre ce qu'il nous apprend des douze Tables. Je me repose sur le témoignage de cet écrivain, aussi versé dans la connaissance des antiquités de son pays que dan» les préceptes de l'art oratoire.
Mais il n'est pas le seul à nous prêter son appui, et Tertullien tient le même langage que lui : *8eé et judicatos in partes secari à creditoribus leges erant. Consensu tamen publico, crudelit&s posteàerasa est (1)!» Ici, il n'y a pas à équivoquer : Tertullien n'a pasemployé lès expressions dont les traducteurs ont fait un si singulier abus; c'est du condamné lui-même qu'il parle ; c'est le condamné en personne qu'il nous montre coupé en morceaux. Et comme pour ne laisser aucun doute, il rappelle que la vente des biens et la note d'infamie remplacèrent l'effusion du sang, ajoutant ce jeu de mots énergique : « Suf- » fundere maluit hominis sanguinem quàm effundere. »
A la bonne heure ! ont dit nos adversaires. Mais Tertullien était un chrétien passionné, qui parlait avec humeur des lois païennes ; il a envenimé
(1) Apologet., c. IV : Sed et judicatos in partes secari à
creditoribus leges erant. Consensu tamen publico crudelitas
posteà erasa est, et in pudoris notam capitis conversa est,
honorum adhibità proscriptione J suffundere maluit hominis
anguinem quàm effundere.
fait-. — Ces* ce que j'appelle un subterfuge malheureux. Tertullien parlait ainsi dans un livre dicté pat le besoin de la défense, ei non par te sentiment de l'attaque. Dans le chapitre qui me fournit ma décisive citation, il veut montrer que les lois des empires ne sont pas immuables, qu'elles sont susceptibles de changements et d'améliorations. 11 ne dénigre pas le passé, il l'expose; il montre que la société païenne elle-même a cru nécessaire de se perfectionner en beaucoup de points. Et il prend acte de ces progrès pour demander et espérer que lesjois qui persécutent les chrétiens seront abolies par un nouveau progrès d'humanité. Tel est le point de vue de Tertullien; il no faut pas le défigurer, ni aggraver le défaut de sens historique par le défaut d'intelligence littéraire. Tertullien reste donc tout entier pour nous, comme Quintilien; nous avons en eux les fidèles narrateurs de la vieille dureté romaine.
Mais c'est bien mieux quand nous arrivons à Aulu-Gelle (1). C'est lui qui rappelle le texte des douze Tables; c'est lui qui l'explique pied à pied dans son esprit et dans son texte, en rattachant la peine de mort prononcée contre le débiteur à ce vieux culte delà bonne foi publique et privée, dont les Romains avaient tellement senti l'importance qu'ils allèrent jusqu'à livrer aux ennemis d'illustres consuls qui y avaient manqué. Sa dissertation se termine par une comparaison du débiteur qui
(1) Noit. allie, XX, ].