‹ De la contrainte par corps en matière civile et de commerceChapitre 5 sur 255 · VIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE

tait au débiteur de s'obliger sous l'hypothèque de sa personne (1) , et , s'il ne payait pas , il tombait ,

» le vendît, lui, sa femme et ses enfants, et tout ce qu'il » avait, pour satisfaire à cette dette.

» Cependant le maître, s'étant laissé fléchir, lui fit remise » de la dette.

» Aussitôt, ce débiteur ayant rencontré un de ses compa- » gnons qui lui devait 400 deniers, il le prit à la gorge et » V étouffait presque, en lui disant : « Rends-moi ce que tu » me dois. » Et son compagnon se jetait à ses pieds, le conju-

» rant Mais il ne voulut pas l'écouter... et le fit mettre en

» prison pour Vy tenir jusqu'à ce qu'il lu^ rendît ce qu'il lui devait.

» Les autres serviteurs avertirent le maître. Alors, celui-ci » l'ayant fait venir lui dit : « Méchant serviteur, je vous avais » remis tout ce que vous me deviez, parce que vous m'en » aviez prié ; ne fallait-il donc pas que vous eussiez aussi » pitié de votre compagnon ?»

» Et le maître étant ému de colère le livra aux mains des » bourreaux jusqu'à ce qu'il payât tout ce qu'il devait. »>

Pour se faire des idées justes sur la portée de cette citation , il faut considérer que tous les serviteurs n'étaient pas ^esclaves chez les Hébreux, qu'il y avait des serviteurs libres, et qu'il paraît probable que celui qui, dans la parabole, avait été si sévèrement puni, était un serviteur de cette catégorie. En effet, on le voit contracter avec son maître, contracter aussi avec ses coserviteurs ; ce qu'il n'aurait pu faire s'il eut été esclave.

(1) Saumaise, loc. c*7.,p. 755 :

« Corpus suum oppignerantem debitorem similis eventus, i> si non solveret, in corpore proprio consequebatur, ac si » rem etiam suam pignoris tilulo obligasset... Venundabatur » peregrè, nisi in solutum eum mallet accipere creditor, tan- » quàm servum sibi addictum. Hoc est quod dicit Plutarchus » in Solone. » Il revient là-dessus p. 752.

riîlîl ACE. IX

lui si fier de sa liberté et de ses privilèges de citoyen , il tombait au niveau d'une chose mise en gage ; il était vendu comme un meuble, à moins que le créancier ne consentît à en faire son esclave (1) ; il était rayé de la liste des citoyens (2). Chose singulière ! chez ce peuple qui défendait au soldat d'engager ses armes , au laboureur d'engager sa charrue , il était permis au soldat et au laboureur d'engager leur corps à la sûreté de la dette (3). Si le créancier consentait à prendre le débiteur comme esclave plutôt que de le vendre (4) , ce malheureux citoyen , déchu et dégradé , travaillait au profit de son maître jusqu'à ce qu'il eût éteint la dette (5) ; alors seulement il revenait à la liberté et rentrait dans la cité (6).

La convention n'était pas le seul mode qui faisait tomber le débiteur sous la main du créancier devenu son maître ; la condamnation judiciaire l'y conduisait pareillement , mais avec des effets plus

(1) Saumaise, p. 752, 753.

(2) Saumaise, p. 754.

(3) Diodore, cité par Saumaise, loc. cù.t c, 17, p. 749.

(4) Saumaise, p. 752.

(5) Id. : « Insignis omnino locus, qui auctoritate Philocori » nitiiur, quô docemur, etiam ante Solonem, cùm mos obti- » neret ut in servitutem se darent creditoribus debitores, a 1 » opéras corpore prsestandas, hoc nomen ffemà^Oua in usu » fuisse, ubi nimirùm, persoluto œre alieno , hujusmo li » debitores hoc onus servitutis à se essent amoliti. » (P. 750, 751.)

(6) In libertatem postliminio revertebantur. P. 751. V. Saumaise, p. 753.

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