PR&ACE. LXXXIX
des des gabeleurs et les usuriers romains, vautours insatiables qui exploitaient l'Asie, « et la
• tenoient (disent Plutarque et son traducteur
• Amyot) en telle captivité, que particulièrement les pauvres pères estoient contraints de vendre
. leurs beaux petits enfants et leurs jeunes filles à
marier, pour payer la taille, et l'usure de l'argent
» qu'ils avoient emprunté pour la payer. Encore à
• ces fins estoient-ils eux-mêmes adjugés comme » esclaves à leurs créanciers , pour user le démoulant de leurs jours en misérable servitude. Et » pire encore estoit ce qu'on leur faisoit endurer «avant qu'ils fussent eux-mêmes adjugés; car ils » les emprisonnoient et leur donnoient la gêne , » ils les detiroient sur le chevalet , ils les mettoient
aux ceps, et les faisoient tenir à découvert tout »de bout en la plus grande chaleur d'été au so- *» leil , et en hiver dedans la glace, tellement que la » servitude leur sembloit un relèvement des misères , et repos de leurs tourments (1). » Ce récit nous place hors de l'Italie, et cependant il semble calqué sur la loi des douze Tables ; c'est la manûs injeclio et ïaddictie avec leur terrible procédure , moins la mort et la vente. Est-ce une importation romaine et une extension de la loi protectrice des créanciers romains? Ou bien est-ce l'un des échos de cette grande voix du droit ancien, qui, raisonnant en Asie sur un ton aussi lugu-
(i) Vie de Lucullus, 35, 36; et 20.
Mon comm. du Prêt (Préface, p. lxvij).