PREFACE. XI
Saumaise (1) , personas vcrd civitalum cxistïmabat (2).
Ce n'est pas qu'à une époque plus reculée, les mœurs égyptiennes aient eu le privilège d'ignorer cette responsabilité corporelle du débiteur, qui est pour ainsi dire innée chez toutes les nations non encore façonnées à la loi de l'équité. L'esclavage de la dette a eu aussi son règne en Egypte ; l'histoire nous apprend que Sésostris rendit un jour aux débiteurs qui peuplaient les prisons la liberté dont leurs créanciers les avaient privés (3).
Cette loi de Bocchoris n'est assurément pas étrangère à un progrès de l'humanité ; mais il ne faudrait pas non plus la détacher de ce despotisme théocratique qui abaissa si fort en Egypte l'indépendance de l'homme. L'État , voulant être maître du citoyen , repoussait avec jalousie un pouvoir qui limitait le sien.
Mais quand la mort avait émancipé le citoyen du joug de l'État , son corps , devenu la propriété exclusive de sa famille , pouvait être donné en gage pour la dette de ses héritiers. Malheur cependant au débiteur qui ne retirait pas ce gage précieux, et laissait au pouvoir d'autrui une tombe consacrée par les rites religieux les plus chjers aux Égyptiens ! Il était infâme, et lui-même il était privé des hon-
(1) Traduit par M. Pastoret ( Législ. des Égyptiens, xn, p. 240).
(2) Saumaise, De modo usurar,, c. 17, p. 749, 753 , d'après Diodore, 2, 2, 79.
(3) Diodore, 2, 2, 54.
Montesquieu, 20, 15.