XXVI PRÉFACE
les nations germaniques la section d'un morceau de chair sur le corps du débiteur. On raconte même qu'un de leurs princes , voulant abolir ce droit odieux si éloigné des préceptes duCoran (1), décida que si le créancier coupait de cette chair vivante plus que le nombre d'onces convenu, il serait luimême condamné au dernier supplice (2).
C'est ce fait que la tradition populaire a longtemps conservé en Italie et que Giovanni Fiorentino ( de Florence ) a retracé dans son Pecorone , recueil de nouvelles écrit en 1378 (3). « Un certain Giannetto a besoin d'argent , de mille ducats ; il va trouver l'usurier, c'est-à-dire un juif , qui les lui prête , à condition que s'ils ne lui sont pas rendus à la saint Jean du mois de juin prochain, il pourra lui couper une livre de chair en quelque partie de son corps que ce soit (4). Le père de Giannetto , nommé Ansaldi , accepte cette condition à la place de son fils. Au mois de juin , la saint Jean étant passée , Ansaldi ne se présente pas pour payer ; alors le juif exige sa livre de chair, conformément à la convention. » — « Tu as raison , dit le
(1) Volney, Voyage en Syrie, p. 374.
M. Félix Beaujour, Tableau du comnu de la Grcce> II,
(2) M. Levieil, p. 403.
(3) Giornata 4, nov. 1.
(4) « A condizione che s'egli non gli avesse renduti dal » detto di, a s. Giovanni da giugno prossimo a venire, che » il giudeo gli potesse levare una libra di carne d'adosso, di » qualunque luogo ei volesse. »
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• juge ; mais prends garde à ce que tu fais; car si lu » coupes un peu plus ou un peu moins que la livre > promise, je te fais trancher la tête(l). » —Alors le juif, apercevant son erreur, se retire en disant au juge : i Seigneur, vous en savez plus que moi (2). »
Shakespeare, qui était fort versé dans la littérature italienne, a sans doute puisé dans ce récit Tincident que voici de son Marchand de Venise:
Le juif Shylock dit à Antonio (3) : « Nous stipu- » lerons qu'en cas que vous ne me rendiez pas à tel
■ jour et à tel lieu la somme prêtée , vous serez «condamné à me payer une livre juste de votre » belle chair , coupée sur telle partie de votre corps
qu'il me plaira de choisir. »
— Antonio. — « J'y consens. »
— Bassanio. — « Je ne veux pas que vous contractiez pour moi un tel engagement. »
— Shylock. — « O Abraham ! voyez ce que c'est » que les chrétiens ! comme ils sont soupçonneux » sur les intentions des autres ! Que gagnerais-je en
exigeant cette condition? Une livre de chair d'un "homme, prise sur un homme, ne me serait pas
■ si profitable que de la chair de bœuf ou de mou- » ton. C'est pour m'acquérir ses bonnes grâces que » je lui fais cette offre d'amitié. »
Cependant l'engagement est contracté par billet, et Shylock, non payé, en exige l'accomplissement.
(1) « Guarda come tu fai; perô che ta ne lèverai più o » meno, che una libra, io ti faro levare la testa (p. 91). »
(2) Signor, voi ne sapele più cli me,
(3) Act. I, se. 3.