CXXXII PRÉFACE
le voyons durer encore sous les successeurs de Charlemagne (1).
De tout ceci découle une conséquence facile à pressentir. Si la liberté pouvait être aliénée par une vente, à plus forte raison pouvait-elle être donnée en gage à un créancier, pour sûreté du remboursement de l'argent prêté. Ce gage de la personne est fort célèbre dans le droit barbare sous le titre à'obnoxiatio. Il se trouve à chaque pas dans les monuments de la première et de la seconde race (2). Il ne porte pas dans tous les États barbares le même caractère de dureté : chez le Wisigoths, il il est tempéré par certaines formes protectrices , par quelques garanties , par exemple par la discussion des biens (&). Quelquefois l'obnoxié a le droit de se racheter (4). D'autres fois son travail chez le créancier est estimé à une valeur et amortit le capital (5). Presque toujours son engagement est viager (6), et attribue au créancier le droit de vendre la personne comme un esclave.
Voici, au surplus, la formule d'obnoxiation telle que le moine Marculfe nous l'a conservée :
« Que Dieu nous soit propice. Votre bonté a » consenti , sur ma demande et pour me secourir
(1) Capit. de Charles-le-Chauve, XXXVI, 21,
(2) Capit., Y, 203; VII, 342.
Capit. anni 779, c 49, et Lex longob., XXX, 2.
(3) L. Wisig., V, 5, 5.
(4) L. Wisig., V, 4, 10.
(5) L. Bajuv.,11, c. 1, § 4 et 5.
(6) Ducange, \° Obnoxia'io,
PREFACE. CWMII
1 dans ma nécessité . à nie prêter gratuitement une ivre de votre argent. C'est pourquoi je promets «par ce contrat de vous rendre cet argent aux calendes prochaines. Si je ne le fais pas, je m'en- »gage . moi et nies héritiers, à vous en rendre le ouble, et vous nous tiendrez pour cela ob- Doxiés (1). »
Puis vient la formule de l'obnoxiation , c'est-âdire de la prise de possession du débiteur à l'époque convenue.
« Tout le monde sait les graves nécessités qui » m'ont accablé et m'ont enlevé de quoi vivre et »me vêtir. C'est pourquoi vous n'avez pas refusé, » sur ma demande, de me donner dans ma détresse «tant d'argent, valant tant; et moi , aujourd'hui, » je ne puis vous le rendre. C'est pourquoi je fais à vous l'obnoxiation de mon ingénuité , afin que » vous ayez le pouvoir ferme et libre de faire de moi » tout ce que vous pouvez faire de vos esclaves d'ori- » gine, me vendre, m'échangeret me corriger^).» Ce n'était pas seulement pour prêt d'argent proprement dit qu'on s'obnoxiait ; lorsqu'un individu, s'étant rendu coupable d'un crime, ne pouvait payer la composition, et qu'une personne
(2) Appendice, XVI : Proptercà obnoxialioncm decapul ingenuital'is meœ in te ficrl et adfirmavc rogaviy ut quidquid de meincipia originalla vesira facitis tàm vendendi, commutandi^ cl disciplinant irnponcndi, ità et de mey ab hodierno die9 libcraiti et firmissimam in omnibus potestatem faciendi habeas .
Junge Form. de Marculle, II, 28, et Ducange, v° Obnoxiatio.