CHAPITRE III
INSUFFISANCE DE LANALYSE CENTÉSIMALE POUR l’éTUDE PHYSIOLOGIQUE DE LA QUESTION DE L’ALLAITEMENT.
On peut dire que toutes les analyses du lait faites jusqu’à ce jour ont été faites par des chimistes et non par des médecins.
En effet, ces analyses donnent la composition centésimale du lait, mais sans tenir compte de son âge , de sa quantité , de sa qualité et de sa provenance .
Elles ne sauraient donc satisfaire un physiologiste.
Dans les analyses précédentes, on a procédé ainsi : 100 grammes de lait, de provenance inconnue , ont été confiés à un chimiste qui en a indiqué la composition, absolument de la même manière qu’il eût indiqué celie d’un liquide quelconque de composition constante soumis à son examen, une eau minérale par exemple.
Cette analyse centésimale, dans le cas de l’eau minérale, dorme tous les renseignements que l’on peut désirer, car, si elle a indiqué que 1 litre d’eau renferme 1 centigramme de telle substance, on saura que chaque litre d’eau de la même source, quel que soit l’instant auquel cette eau aura été recueillie, renfermera 1 centigramme de cette substance.
Mais en est-il de même pour l’analyse d’un liquide organique, le lait par exemple? Évidemment non, car
rien n’est plus variable que la composition de ce liquide et rien n’est plus difficile que la connaissance exacte et complète des causes de ces variations.
Une femme peut avoir un lait classé par les chimistes, qui en ont fait l’analyse centésimale, dans la catégorie des laits pauvres; cette femme devra-t-elle être réputée pour cela incapable d’allaiter son enfant?....
Non, car si la pauvreté de son lait en caséine, en beurre, en sucre et en principes fixes est compensée par son abondance, il arrivera ceci : c’est que son enfant sera aussi bien nourri, et profitera autant que celui de sa voisine dont le lait était réputé riche, mais qui en avait peu ; la seule différence c’est que celui-là sera obligé de teter plus longtemps et de filtrer une plus grande quantité de liquide.
Que faudra-t-il donc ajouter à l’analyse centésimale pourêtre en possession des éléments dont la connaissance permettra au physiologiste d’asseoir son jugement ?
11 faudra connaître la quantité de lait sécrétée en vingtquatre heures par la nourrice et faire porter l'analyse, non sur un échantillon quelconque, mais sur un mélange de différents échantillons recueillis aux heures des diverses tetées, lequel mélange aura alors une composition qui représentera aussi exactement que possible, la composition moyenne du lait de la journée.
11 ne restera plus qu’à multiplier les résultats de l’analyse centésimale de ce mélange par un même coefficient (égal au volume du lait des vingt-quatre heures) , pour avoir la quantité totale de chacun des principes constitutifs du lait, c’est-à-dire la seule donnée qui soit intéressante pour le physiologiste.