‹ De la mamelle et de l'allaitementChapitre 24 sur 33 · ALLAITEMENT NATUREL. — ALLAITEMENT ARTIFICIEL · texte numérisé non relu

ALLAITEMENT NATUREL. — ALLAITEMENT ARTIFICIEL

J’arrive enfin à l’élude du mode d’alimentation le plus propre à favoriser le développement du nouveau-né, à l’allaitement proprement dit.

Le lait est la première nourriture de l’enfant, il constitue toute son alimentation pendant la première année de sa vie. Les mamelles sécrètent le lait comme toutes les autres glandes sécrètent leur produit de sécrétion, c’està-dire aux dépens du sang qui leur est apporté par leurs artères ; mais la sécrétion du lait présente quelques caractères qui lui sont propres.

D’abord, elle est périodique , c’est-à-dire qu’elle ne se manifeste qu’au moment de l’accouchement et a une durée subordonnée à celle de l’allaitement.

En second lieu, la sécrétion du lait est intermittente, c’est-à-dire qu’elle ne se produit (au moins d’une façon bien accentuée) qu’au moment où l’enfant tette.

L’allaitement naturel est le seul qui convienne à l’enfant; il peut être pratiqué par la mère ou, à son défaut, par une bonne nourrice.

Je proscris, on le voit, l’allaitement artificiel ; pourtant, je me hâte de le dire, il ne s’agit pas là, de ma part, d’un préjugé, d’un parti pris; j’ai souvent reconnu les funestes effets du biberon, et je pense être dans le vrai en m’élevant contre son emploi, surtout dans les grandes villes.

On m’objectera que « le biberon est devenu une néces- » sité sociale; qu’il faut bien trouver un moyen de nourrir » l’enfant privé du sein de sa mère par la maladie ou par » la société » (1).

A de semblables arguments, je répondrai avec M. Bouchaud (2) :

« Si l’emploi exclusif du biberon devient une nécessité, » que le lait soit le plus frais possible, coupé avec de l’eau » sucrée, tiède et non bouilli ; qu’on le donne par dose de » 50 à 60 grammes, toutes les deux heures en moyenne, » soit 500 à 600 grammes en dix ou douze fois dans les » vingt-quatre heures.

» Nous avons vu de cette manière quelques enfants se » maintenir en bon état pendant plusieurs jours, et cepen- » dant nous n’en persistons pas moins à soutenir que le » biberon doit être proscrit des hôpitaux, et que le tolérer » c’est absoudre l’infanticide ; notre opinion est d’autant » plus ferme, que ce que nous avons vu à la Maternité n’est » malheureusement que la reproduction de ce qui se passe » ailleurs, où nous avons été témoin de nombreux faits » semblables (3). »

Mais tout en proclamant l’insuffisance de l’alimentation artificielle dans les conditions où on la pratique d’ordinaire, je reconnais, avec M. Coudereau, que parfois elle s’impose, et je n’ai jamais eu la pensée de la condamner sans appel.

(1) Coudereau, passim.

(2) Bouchaud, thèse de Paris, 1864, p. 131.

(3,) Bouchaud, thèse de Paris, 1864, p. 131.

Comme l’auteur auquel je fais allusion, je réclame l’intervention de la science expérimentale et je lui accorde de grand cœur, que « ce ne sont pas des désirs, des aspirations généreuses qu’il faut jeter dans la balance, mais des chiffres et des faits rigoureusement observés » .

Ces faits, ces chiffres, je ne les ai rencontrés nulle part jusqu’à présent, et tout mon travail a en pour but d’arriver à en produire quelques-uns. Plus tard, quand la question aura été longtemps étudiée, il sera peut-être permis d’autoriser les mères à nourrir artificiellement leurs enfants, mais ce jour est loin de nous, et toutes les solutions proposées jusqu’ici me semblent prématurées. Je ne traiterai donc que de l’allaitement naturel, le seul qui produise de bons résultats, le seul qui soit vraiment recommandable.

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