‹ De la méthode a posteriori expérimentale et de la généralité de ses applicationsChapitre 63 sur 103 · Il y a quarante ans que j'ai publié l'explication · texte numérisé non relu

Il y a quarante ans que j'ai publié l'explication

suivante de la sensation de l'eau fraîche introduite dans la bouche (1). La fraîcheur, sensation de toucher, tient à ce que l'eau est prise à plusieurs degrés au-dessous de l'atmosphère; mais à cette sensation s'en joint une autre que j'attribue à ce que l'eau enlève à la langue une certaine quantité de salive laquelle est salée, mais à cause de la continuité du contact de la salive avec l'organe la sensation salée n'est pas perçue; lors donc qu'elle est diminuée sensiblement par l'eau introduite dans la bouche, l'état habituel cessant d'être, on attribue une sensation positive à ce qui n'est en réalité que négatif.

264. J'ai tout lieu de penser que plus d'une sensation que nous éprouvons est un effet négatif analogue à celui que je viens de citer. Il me semble qu'un corps qui produit, à l'instant de son application sur la langue ou les gencives, un composé insoluble peut produire une sensation d'astriction en vertu de l'effet dont je parle.

J'ai fait des remarques relatives à un travail de vivisection de Flourens qui rentrent dans cette manière de voir le négatif où l'on a vu le positif (Journal des savants, année 1831, page 9).

(1) Leçons de chimie appliquée à la teinture, 4e leçon, page 21.

§ 2. Méthode propre à reconnaître dans les eaux naturelles, des corps, qui -ont la cause d'effets chimiques ou organoleptiques que ces eaux produisent.

265. Des gens du monde, des médecins et des chimistes qui, s'ils ne sont pas nos contemporains ont été nos prédécesseurs immédiats, trop bien disposés pour l'analyse chimique, ont adopté comme l'expression de la vérité beaucoup d'analyses d'eaux minérales, et la foi en leur exactitude a été telle que des fabriques dites d'eaux minérales ont été établies et que leurs produits ont été prescrits par des médecins à des malades qui ne pouvaient aller sur les lieux où ces eaux sont prises telles qu'elles sortent de l'écorce terrestre.

266. La fabrication des eaux minérales repose sur l'opinion que les effets thérapeutiques ont pour cause les matières signalées par l'analyse, opinion certainement fondée, mais qui rt est point absolue.

Quoi qu'il en soit, la conséquence de cette opinion n'est justifiée qu'à la condition de la connais-

sance exacte de la nature des principes immédiats de l'eau. Or c'est là ce dont on n'est jamais certain, surtout lorsque l'analyse a été faite loin de la source.

267. C'est donc pour arriver le plus près possible de la certitude que j'ai proposé la méthode qui m'a servi à déterminer l'influence en teinture de l'eau de Seine et de l'eau d'un puits des Gobelins. Cette méthode est exposée dans le treizième mémoire de mes Recherches chimiques sur la teinture (1).

Elle est fort simple :

1° On a constaté les effets différents des deux eaux et de l'eau distillée, en y teignant comparativement des étoffes de laine, de soie et de coton;

2° On a reconnu les corps dissous dans les eaux de Seine et de puits;

3° On a fait des solutions dans l'eau distillée de chacun des corps trouvés dans chacune des eaux, en tenant compte bien entendu des proportions;

4° On a teint les trois étoffes dans chacune des solutions, puis on a comparé les résultats avec ceux de l'eau de Seine et de l'eau de puits.

(1) Mémoires de V Académie des sciences, t. 54.

Voilà la méthode fidèlement résumée, telle que je propose de l'appliquer à la recherche des effets orgânolep tiques produits par chacun des corps dissous dans une eau médicinale, cas compliqué, je le reconnais le premier, puisque la science doit être représentée par un chimiste, un physiologiste et un médecin.

268. Je ne voudrais pas qu'on tirât la conclusion de ce qui précède que je proscris absolument l'usage en médecine des eaux minérales dites artificielles.

Ainsi l'eau gazeuse d'acide carbonique est ce qu'elle doit être, plus agréable, je crois, que médicinale.

Les eaux sulfureuses, ferrugineuses et alcalines sont à mon sens des préparations générales fondées incontestablement sur l'action de composés sulfureux, ferrugineux et alcalins; à ce titre le médecin peut les prescrire.

Mais s'il les prescrivait au point de vue spécial de telle eau naturelle sulfureuse, de telle eau naturelle ferrugineuse, de telle eau naturelle alcaline, dont les effets ont été bien constatés, je ne doute pas qu'il y aurait plus d'un mécompte.

26i DEUXIÈME GROUPE.

269. J'ai proposé la même méthode pour résoudre une question qui a été élevée à la Société d'agriculture, à savoir, pourquoi les boulangers de Paris préfèrent préparer leur pâte avec l'eau de puits au lieu de l'eau de Seine.

En conséquence j'ai proposé avant tout de constater le fait en faisant trois pains avec la même farine, l'eau distillée, l'eau de Seine et l'eau de puits. Le fait constaté, de répéter l'expérience avec des eaux tenant séparément un des principes immédiats de l'eau de puits, avec une eau de puits artificielle et l'eau de puits naturelle.

Page 1