‹ De la méthode littéraire; journal d'un professeur dans une classe de premiereChapitre 167 sur 443 · L ESPRIT DES LOIS · texte numérisé non relu

L ESPRIT DES LOIS

/cr sens : Commencement.

5« sens : Origine.

Je sens : Raison d'être d'une chose.

4» sens : Vérité fondamentale sur laquelle s'appuie le raisonnement. Exemple: le principe d'Archimède.

A. — C'est plutôt le 3® qui nous convient.

— Oui, Montesquieu cherche les causes prof ondes qui sont a raison d'être des lois et des mœurs. Ou plutôt il ne les herche pas, il les pose. Pourquoi « poser» ? n'attendrionslous pas plutôt « découvrir »? 11 ne les invente pas. Elles existent ; elles résultent elles-mêmes de l'organisation v'ouiue par la nature.

A. — Il ne les pose peut-être qu'après les avoir découvertes par une longue série d'observations.

— Évidemment. Il nous place au moment où, après de patientes recherches et a vingt ans de lectures », il a vu 5e lever dans son esprit des hypothèses si vraisemblables '{u'il pouvait sans crainte les poser comme l'explication vérilable des faits. Ainsi procèdent les savants : la vérité n'est jamais pour eux qu'une hypothèse préparée par des recherches et vérifiée par des expériences. Montesquieu avait d'ailleurs été, très jeune, initié aux méthodes scientifiques...

H. — A l'Académie de Bordeaux, il avait poussé ses confrères à s'occuper de physique, de physiologie ; il avait fondé un prix d'anatomie.

— Il aperçoit donc, après avoir lu attentivement les textes antiques, le principe de la démocratie (voyez page y8), le principe de Varisiocraiie (voyez page 8i), le principe de la monarchie (voyez page 83), le principe du despotisme 'voyez page gS), c'est-à-dire la vertu, l'esprit de corps, l'honneur, la crainte, et il les salue, plein d'espoir, soulevé tuir cet enthousiasme qui précède les grandes découvertes. . .

J'ai bien des fois commencé et bien des fois abandonné cet ouvrage ; I ai mille fois envoyé aux vents les feuilles que j'avais écrites ; je sentais tous les jours les mains paternelles tomber... je ne trouvais la k^érité que pour la perdre. Mais quand j'ai découvert mes principes, tout ce que je cherchais est venu à moi, et, dans le cours de

vingt années, j'ai vu mon ouvrage commencer, croître, s'avancer et finir.

— Il a eu la joie profonde de constater peu à peu que ses hypothèses expliquaient tous les faits, et qu'aucun fait ne s'expliquait sans elles: double condition nécessaire et suffisante pour qu'une hypothèse devienne une vérité démontrée, une cause profonde, un principe.

Naturellement, il apporte à la vérification de ses hypothèses un soin extrême, un scrupule sans lequel il n'y a pas de vrai savant. Il est impassible; il oublie sa propre personne, ses sentiments, ses préférences, pour ne voir que l'objet de son étude. Jullian rapproche avec raison sa déclaration de celle de Fustel de Goulanges. Lisez le passage de Montesquieu.

— Quand j'ai été rappelé à l'antiquité, j'ai cherché à en prendre l'esprit, pour ne pas regarder comme semblables des cas réellement difFérenls, et ne pas manquer les différences de ceux qui paraissent semblables.

— Si les philosophes du xviii® siècle avaient suivi ce conseil, les assemblées de la P».évolution n'auraient pas, trop souvent, confondu l'État moderne avec la Cité antique. Si nos contemporains se le rappelaient aussi, ils ne considéreraient pas constamment l'histoire comme un arsenal d'exemples à l'appui de leur thèses politiques et d'injure:? à l'adresse de leurs adversaires. Lisez, en note, pour nous ramener aux saines doctrines de Montesquieu, la réplique du grand Fustel.

— Pour connaître la vérité sur les peuples anciens, il est sage dt les étudier sans songer à nous, comme s'ils nous étaient tout à faii étrangers, avec le même désintéressement et l'esprit aussi libre qut nous étudierions l'Inde ancienne et l'Arabie.

— Gomment Montesquieu appelle-t-il les idées préconçues qui nous empêchent de juger les choses en toute irapartialité ?

C. — Des jugements portés avant que nous ne connaissions les faits, des pré-jugés.

iJ ESPRIT DES LOIS SQQ

— Et que se propose-t-il d'étudier uniquement? G. — La nature des choses :

Je n'ai point tiré mes principes de mes préjugés, mais de la natiirres choses.

[. — Le but de Montesquieu : les lois rattachées aux principes.

Nous connaissons maintenant le sens des termes dont auteur va se servir pour définir la loi. Passons au preûier chapitre, de B.

— Les lois, dans la signification la plus étendue, sont les rapports lécessaires qui dérivent de la nature des choses ; et, dans ce sens, ous les êtres ont leurs lois : la divinité a ses lois, le monde matériel i ses lois, les intelligences supérieures à l'homme ont leurs lois, les )êtes ont leurs lois, l'homme a ses lois.

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