LA DÉFINITION DES GOUVERNEMENTS
t-qué par la Constituante : « Comparez le nouvel état de choses avec l'ancien régime... N'est-ce rien qje d'être sans parlement, sans pays d'Etats, sans corps de clergé, de privilégiés, de noblesse? L'idée de ne former qu'une seule classe de citoyens aurait plu à Richelieu. Si ;ette surface égale convient à la liberté, elle facilite l'exercice du pouvoir. Plusieurs règnes d'un gouvernement absolu n'auraient pas fait autant qu'une seule année de liberté pour l'autorité royale. »(i)... L'Assemblée avait tout détruit, en effet, autour du souverain. Hélas! elle lui rendit un triste service, car elle déchira du même coup les voiles qui dérobaient l'absolutisme royal, et Louis XVI n'avait pas la force de l'exercer immédiatement. Mais, dix ans après, Bonaparte n'eut qu'à relever le trône sans rétablir les vieux corps pour exercer ce pouvoir sans limites et sans contrôle vers lequel, depuis trois cents ans, tendait notre monarchie. Après Louis XIV, après 17 13, Montesquieu avait le droit de conserver des illusions ; s'il avait pu vivre jusqu'en i8o5, il serait revenu sans doute à la théorie d'Aristote.
Conclusion.
Telles sont les raisons historiques pour lesquelles le grand philosophe a été quelque peu gêné dans l'expression de ses principes. Lui qui avait donné de la république une si belle définition, lui qui avait montré en elle le régime le plus parfait, le plus conforme à l'idéal de l'homme et du citoyen, il n'en a pas cependant apprécié toute la valeur, faute d'exemples, alors trop rares ou trop anciens. Lui qui éprouva si profondément la haine de toutes les tyrannies, lui qui fut plus libéral que Rousseau et plus démocrate que Voltaire, il a usé une partie de son admirable talent à vouloir améliorer un régime condamné à mort. Heureusement les systèmes ne sont que la forme transitoire de la pensée des grands hommes. Les principes posés par lui, ses définitions de la crainte, de l'honneur et de la vertu, restent vrais sous tous les régimes, sans être plus spécialement affectés à aucun d'eux. Il a même été plus loin qu'Aristote dans l'analyse de ces idées, et le philosophe de Stagyre n'a rien trouvé de plus touchant que ses réflexions sur le ressort passé, présent et futur des gouvernements libéraux. « Le gouvernement, soupire-t-il en terminant son chapitre principal sur l'amour de la patrie et des lois, le gouvernement est comme toutes choses du monde. Pour le conserver, il faut l'aimer. » Et cette pensée reste pour nous le dernier mot de la sagesse.
(1) Correspondance entre Mirabeau et La Marck. (Éd. de B.\colrt, t. II, 8« note de Mirabeau pour la Cour.)