‹ De la méthode littéraire; journal d'un professeur dans une classe de premiereChapitre 95 sur 443 · Lettre sur le même sujet · texte numérisé non relu

Lettre sur le même sujet

Vous avez passé les vacances dernières avec un de vos jeunes parents, qui se trouve aujourd'hui, comme vous, en Première, dans un lycée de province. Vous avez quelquefois parlé ensemble des sujets de baccalauréat, pas toujours dans un esprit de docile admiration ; et celui du 22 juillet 1907 vous a paru le modèle de ceux qui devraient être évités.

Vous supposerez qu'après la lecture des Conférences de Sarcey, vous avez changé d'avis. Les inconvénients du sujet vous paraissent toujours sérieux, mais Sarcey vous a si bien montré les caractères essentiels de la tragédie française que vous diriez presque, maintenant, des dissertations de ce genre :

Paraissez, Navarrais, Maures et Castillans!

Vous engagez vivement votre camarade à lire le compte rendu de ces charmantes conférences dans les Impressions de théâtre de J. Lemaî- Ire, tout en se gardant d'imiter, le jour de son examen, certaines manières un peu crues d'apprécier les grands classiques.

CORRECTION La dissertation a tenté les deux tiers de la classe. Je le

1/^2 l'esprit classique au xvn® siècle

regrette, car elle ne vous a pas porté bonheur. Les deux meilleures copies ne sont qu'assez bonnes :

Plan maladroit, dis-je à de M. Vous êtes long au début et sec à la fin. Il y a pourtant des remarques justes et des renseignements curieux. — Note : 1 5 .

Des idées et des exemples, lisons-nous en tête de l'autre copie. Une tentative d'organisation. Rien de plus. — Note: i4.

Rien de plus ! Et beaucoup moins encore chez quatre élèves, notés 12 et 11, chez tous les autres, qui s'échelonnent de 9 à 3. C'est qu'à la difficulté de classer les idées s'en joignait une autre non moins sérieuse relative à l'expression : « Style de la conversation négligée... » — « Termes impropres ; tournures barbares... » — « Il y a des exemples et un certain ordre ; mais quel style ! » — Telle est la note qui revient sans cesse. Le langage de la critique, en effet, est un des plus délicats à employer pour les élèves; parmi les historiens de la littérature que vous avez entre les mains, il n'en est guère qui soient toujours irréprochables, et Dieu sait toutes les négligences, toutes les impropriétés dont quelques-uns donnent parfois le regrettable exemple. Naturellement, ce n'est pas par leurs ^ beaux côtés que vous ressemblez à ces critiques. On pour- ^ rait écrire un joli chapitre de parodie, « à la manière de vos maîtres », et choisir dans vos devoirs des caricatures | où ils rougiraient de se reconnaître : « La pièce d'Andromaque, nous dit X., imitant la critique amie des métaphores, nous offre le spectacle des passions fougueuses, en lutte les unes contre les autres, en des âmes faibles qui s'abandonnent à elles dans un naufrage de la volonté. » — (c De ces situations extraordinaires, mais pourtant vraisemblables, du conflit qui s'élève dans l'âme des personnages entre deux passions contraires, luttes auxquelles nous devons les stances de Polyeucte, de là sortira un caractère très dramatique, et qui le sera d'autant plus que lapassioi. sera plus vive et le devoir plus impérieux, que l'embarras sera plus grand et qu'il faudra agir plus vite. » Ainsi parle l'excellent Z., suivant l'usage bien connu de la critique

qu'est-ce qu'une grise dramatique? i43^

oratoire. Nous possédons même la critique aux allurespseudo-scientifiques, dans le devoir de son voisin Y. : « Il ^voulait l'opposer, dit cet homme algébrique, il voulait l'opposer, la tragédie de crise, au système d'Outre-Rhin, où l'auteur veut faire de l'histoire, comme dans ces drames de Schiller, Wallenstein et Guillaume Tell, synthèses admirables où l'on voit les plus grandes passions lutter les unes contre les autres, mais où le souci scrupuleux de l'exactitude alourdit l'action en surchargeant le drame de scènes d'observation qui, bien que fort adéquates à leur objet, seraient plus à leur place dans un roman que dans une pièce de théâtre, où l'on doit rechercher la rapidité qui crée le pathétique ! » — Quel pathos ! Et pourtant, Y. pourrait nous répondre comme l'Intimé :

n est fort à la mode 1

Il est même tellement à la mode qu'il devient le fléau des classes : certains professeurs découragés se demandent s'il ne faudrait pas renoncera ce genre de dissertations. — Le malheur est que les dissertations morales par lesquelles on essaie de les remplacer sont encore plus difficiles; sans compter que le jour où vous seriez sûrs de n'avoir plus à parler de Corneille, de Racine ou de Voltaire, nos classiques perdraient leurs derniers lecteurs... Non, le mal n'est pas dans les sujets; il est en vous-mêmes. On peut parler simplement de tout, même de la tragédie. Il suffit que les sujets ne soient pas trop généraux, que vous puissiez vous appuyer sur des exemples précis et faciles à grouper. Aussi, sans vous interdire le choix de la dissertation, vous avais-je conseillé la lettre de préférence. Elle a été assez bien traitée par trois ou quatre élèves, quoique pas un d'eux n'ait complètement réussi. Je me suis inspiré de leurs copies pour faire le corrigé, sans m'interdire, pourtant, de larges additions. Le début est presque entièrement de de R. Le reste... le reste est le devoir de la classe.

Mon cher Georges, Je n'ai pas grand'chosc à t'annoncer aujourd'hui. Depuis ma der-

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nière lettre, aucun événement digne d'être conté ne s'est produit, et Madelon dirait que nous avons été dans un jeûne effroyable de divertissements. Non 1 Rien ! Aucun drame, aucune comédie, pas même un de ces accidents vulgaires qui rompent la monotonie des classes... Kien qu'une idée assez bizarre de notre professeur de Lettres, qui veut que nous écrivions à un de nos amis à propos d'un sujet de baccalauréat. La jolie surprise, n'est-ce pas ? à offrir à un camarade I Comme situ ne savais pas, aussi bien que nous, ce qu'on peut attendre des jurys universitaires sous toutes les latitudes ! Comme si toutes les classes de Première C, dans tous les lycées de France et de Navarre, n'étaient pas affligées des mêmes souvenirs, troublées des mêmes inquiétudes ! — Et pourtant, admire les surprises du hasard : il se trouve que, pour toi et moi, cette idée de notre maître perd de son étrangeté : elle répond précisément à une question que tu m'as posée... Je reprends donc, tout simplement, notre conversation des vacances dernières au point où nous l'avions interrompue. Tu me renverras ma lettre, et je la remettrai à M. B. comme devoir. Elle servira à deux fins. On est obligé d'être pratique, aujourd'hui : on utilise tout, même l'amiti'S.

Tu te rappelles, mon pauvre ami 1 C'était pendant l'horreur d'une longue journée de pluie. Faute de mieux, sous l'influence de ce temps mélancolique, nous parlions de l'année menaçante et de l'examen qui doit la terminer. Nous pensions aux sujets de dissertation, si imprévus, si difficiles pour de pauvres jeunes gens nourris de géométrie, et qui constitueraient, avec le problème de physique, la partie la plus dangereuse de notre examen, si la version latine n'existait pas. Nous maudissions en particulier celui que mon professeur propose aujourd'hui à mes méditations, et que la Sorbonne avait imaginé il y a trois ans. Tu te rappelles l'énoncé : « Napoléon disait à Gccthe : Votre tragédie est une histoire... » — Quelle histoire? Une bonne histoire ? Pas pour nous, à coup sûr. La Sorbonne ignorait donc que les pauvres élèves de la division C ne font pour ainsi dire plus de langues vivantes, du jour où ils se consacrent aux sciences, et que d'ailleurs, ils n'en ont jamais appris qu'une, qui n'est pas forcément celle de Goethe? Ignorait-elle encore que, jusqu'à la Troisième, nous avions fait des études excellentes, pratiques, mais très peu littéraires ? Je sais bien que nos successeurs joindront de plus en plus l'agréable à l'utile ; ils ne se contenteront pas d'apprendre à demander un billet de chemin de fer ou une contre-marque, à commander un plat de choucroute ou de saucisses aux confitures, à dresser un inventaire d'architecte, de plombier, d'ébéniste, ou de peintre décorateur (i). Mais nous !

(i) Voir, sur les derniers progrès à réaliser dam les classes de langues

qu'est-ce QU'U^'E CRISE DRAMATIQUE? l45

Nous avons un peu, comme on dit, essuyé les plâtres I Nous avons admiré la méthode directe au point de la croire incompatible avec les bons vieux usages, et force est bien de reconnaître que, si les guides [îaedeker n'ont plus de secrets pour nous, Goethe et Schiller ne furent pas nos auteurs de chevet. De leurs pièces de théâtre en particulier, à l'exception de Guillaume Tell et de Wallenstein, je ne sais absolument pas si elles sont, ou non, une histoire, et je crains fort de ne pas être beaucoup plus avancé à la fin de juillet. Passons donc cela aux profits et pertes. Et renonçons à traiter la première partie du sujet.

Je serais par bonheur un peu plus renseigné sur ce que peut être une crise dans la tragédie française. Aussi ai-je hâte de te signaler l'auteur qui m'a fait comprendre ce mystère : d'abord, parce que sa définition, illustrée d'exemples, te fournira le plan de neuf dissertations sur dix relatives au théâtre ; et surtout parce que son livre est réjouissant comme un vaudeville. L'auteur, ou plutôt les auteurs (car ils sont deux) ont une manière si originale de nous présenter les tragédies classiques que ces œuvres vénérables apparaissent sous un jour auquel on n'est pas habitué. L'un d'eux est Francisque Sarcey, le célèbre conférencier qui fit la joie de nos aînés, et qu'ils avaient surnommé familièrement « notre Oncle » à cause de sa bonhomie. L'autre est M. Jules Lemaître, qui a moins de bonhomie, peut-être, mais encore plus d'esprit. J. Lemaître rend compte des conférences faites par Sarcey à l'Odéon sur Horace, Polyeucte, Athalie, et la théorie de /a crise dramatique devient, exposée par lui, aussi amusante que lumineuse. Il faut te dire que notre professeur aime beaucoup ce genre d'esprit; il l'aime trop, à mon sens, pour un préparateur au baccalauréat, et un tel procédé serait fort dangereux, si nous n'avions le temps, d'ici à la fin de l'année, de gagner quelque prudence. Tu t'imagines sans effort la surprise indignée de l'examinateur qui trouverait dans ta copie le portrait du jeune Horace « éclatant d'orgueil dans sa cuirasse, et s'annonçant à sa sœur Camille par une série de scrogneugneus... » — Certaine comparaison entre Camille et les névrosées qu'on représente au théâtre libre serait aussi peu goûtée par la Sorbonne qu'un développement sur la politique cléricale dans Athalie d'après le rôle de Joad j et un bon zéro pointé récompenserait

vivantes, les récents articles de M. Hovelacqub (^Fteviie Universitaire, i5 juin et i5 juillet 1910). On remarquera plus d'une ressemblance entre les procédés qu'il recommande pour le second cycle, et ceux que nous essayons d« suivre. Le jour approche où la méthode sera li mpme pour toutes les parties de l'enseignement littéraire, et permettra de créer ues Humanilés modernes.

Bkzard. — Méth. 10.

il^Q l'esprit classique au xvii" siècle

Jle zèle, plus jovial que discret, de l'élève qui traduirait les impré- C liions de Camille par la formule suivante : « Non, mais est-ce assez complet, y suis-je assez, dans la mélasse 1 »... ïu en trouveras de pareilles à chaque page, et même plus d'une par page... Souris, mais n'imite pas 1

Et pourtant, écoute tout de même ; car cette bonhomie familière cache des trésors de bon sens ; elle nous fait très bien comprendre ce qu'est une crise dramatique. « Toute scène est un combat, disait Voltaire. » — « Toute pièce est un combat «, répète après lui Sarcey, et un combat d'autant plus émouvant que les éléments accessoires en sont éliminés, que notre attention n'est jamais distraite de la seule chose qui doive nous intéresser: les coups portés et rendus.

La conséquence de ce principe est la rapidité de l'action. Qui dit « crise >i dit accident brusque, catastrophe violente, où, dès le premier moment, le poète nous jette in médias res, sans s'attarder à nous décrire le paysage, comme Schiller au début de Guillaume Tell, ou à nous faire connaître en détail la vie des soldats, comm^ le môme Schiller, dit-on, dans le i^"" acte de Wallenstein. De là le respect de Corneille et de Racine pour les unités de temps et de lieu. Ils choisissent, dans la vie des personnages, le moment où, après une lente préparation qui a demandé des années, ils vont passer en quelques heures par les plus terribles aventures, où un moment va décider (xptvs'.v) pour toujours de leur sort. Ne crie pas à l'invraisemblance I Nous en avons tous, dans la vie, même les collégiens, de ces heures... de crise I nous récoltons parfois en une seule journée le résultat de notre longue paresse et de notre imprévoyance obstinée, ou même, suivant les lois ordinaires de la nature, de fautes collectives dans lesquelles notre part fut très restreinte. Il y a des moments dramatiques dans les existences les plus calmes, des moments où l'on agit avec plus d'émotion, où l'on dépense plus de force nerveuse que pendant de longs mois dans la vie ordinaire. Voilà ceux que choisit le poète tragique : Rodrigue est sur le point d'épouser Ghimène ; les trois Horace sont sur le point de combattre les trois Guriace ; Pyrrhus est sur le point de livrer Astyanax ; Néron est sur le point de laisser tomber le masque après trois ans de vertu ; Joad est sur le point de renverser Athalie. Quatre-vingts ou cent vers suffisent pour rappeler tout ce qui s'est passé dans les trois, dix ou vingt années précédentes. Les préparatifs mêmes du duel, les dispositions les plus récentes, celles de la veille, celles du matin, sont résumées en quelques lignes. Les adversaires sont en présence; ils croisent le fer... « Allez, Messieurs! » En quelques reprises, tout sera décide... Et voilà ce que Napoléon, qui s'y connaissait en batailles, appelle une crise qui commence 1

qu'est-ce qu'une crise dramatique? 1^7

Elle continue suivant les mêmes lois, c'est-à-dire très vite, aussi vite

que possible, en bnilant les planches. Evidemment, comme les adversaires sont de première force, comme les passions en présence ne sort pas de celles qui se rendent à la moindre égratignure, les reprises sont relativement longues ; on voit des duels, bien dirigés, qui durent un certain temps. Celui-là dure trois heures, avec quatre reprises. Tu peux faire Texpérience sur n'importe quelle tragédie. Toute pièce classique, disait-on en plaisantant au xviii® siècle, se résume en deux mots : Le héros épousera l'héroïne ou ne l'épousera pas. Au i^*" acte, il l'épousera. Au 2^ acte, il ne l'épousera pas. Au 3«, il l'épousera peut-être. Au 4® acte, il n'épouse plus. Au 5« enfin, il épouse... ou n'épouse pas, suivant les besoins. S'il épouse, la pièce est une comédie, ou une tragi-comédie ; s'il n'épouse pas, c'est une tragédie. Et, en effet, chez Racine comme chez Corneille (sauf dans le Cid, et encore !), on n'épouse pas. En revanche, on tue ; on tue beaucoup. Et tu peux aussi bien, s'il s'agit, par exemple, de Britannicus ou de BajazeU résumer la pièce en cinq mots aimables : tuera, tuera pas, tuera, tuera pas, tuera. .. Sorte de crise encore que le grand Napoléon, qui fit tuer trois millions d'hommes, devait particulièrement apprécier. Tu verras, d'autre part, avec quelle finesse, dans son gros bon sens, Sarcey nous analyse les phases de la fameuse crise. Car « rapidité » n'est pas synonyme de « sécheressse ». On peut faire connaître beaucoup. de choses en trois heures. Nous sommes même d'autant plus frappés par les résolutions successives des personnages que nous en connaissons les mobiles ; nous assistons aux mille péripéties de la lutte qui se livre dans leur conscience, nous attendons tout haletants le coup qui tarde à venir... Tu te rappelles Victor, ton cousin I Dans quel agacement il nous mettait, lorsque nous tirions à la carabine î 11 épaulait longuement, on sentait toute son attention concentrée sur le but ; à chaque instant, nous croyions entendre la petite détonation, et elle ne venait pas ; mes yeux en battaient d'impatience ; puis. . . tac... on respirait, et la balle faisait mouche... sur un arbre, à côté de la cible. Eh bien 1 sauf pour le résultat, l'émotion dramatique me semble être de même nature. On attend, on hésite, on est suspendu; et plus l'auteur sait tenir en haleine notre curiosité, rendre notre hésitation pénible, nous étreindre à la gorge et nous couper la respiration, plus, naturellement, le plaisir est intense. Quelles minutes on vit dans les moments de crise 1 on a raison de dire qu'elles semblent des siècles, tellement elles sont remplies; et plus il y a de choses, et moins il s'écoule de temps, plus l'émotion est profonde, angoissante, dramatique. Voilà pourquoi tu verras, mon cher, avec l'aide de Sarcev, que le Cid, Andromaque, Athalie et autres pièces classiques sont des

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drames parce qu'elles sont des crises, à moins qu'elles ne soient des crises parce qu'elles nous apparaissent éminemment dramatiques.

Pardonne-moi, mon cher Georges, de te parler un langage quelque peu énigmatique. Tu le comprendras mieux, quand tu auras lu « notre Oncle », et tu comprendras aussi qu'on ne puisse pas se soustraire à l'influence ensorcelante de ce Garabrinus de la critique. D'ici au mois de juillet, nous aurons le temps de nous calmer : nous reprendrons alors le style noble. Pour le moment, Sarcey m'amuse; il m'amuse prodigieusement. Quand je n'obtiendrais que ce résultat, il serait encore à l'éloge du joyeux conférencier. La plupart des critiques m'ennuient sans m'instruire. Celui-là m'instruira peut-être, et il m'amuse sûrement. En somme, il n'y a qu'un genre à fuir, le genre bête, le genre ennuyeux. « Fuyons-le » , comme on dit dans les tragédies ! Et; fuyons-le toujours bien vite, pour que la « crise » ne dure pas I — A bientôt, n'est-ce pas ? ta réponse.

Ton dévoué,

Vous voyez qu'il n'y a pas là de fait que vous ne deviez connaître, d'idée que vous ne puissiez très facilement exprimer. Aucune lecture spéciale, aucune recherche prolongée n'est nécessaire, ni même utile, pour traiter un pareil sujet, sous la forme d'une lettre familière, avec le sourire tranquille que vous avez en causant de choses et d'autres avec vos camarades. Vous restez à votre bureau ce que vous êtes d'ordinaire, bon vivant, disposé à rire, en tous cas très résolu à ne jamais vous ennuyer... Et le naturel revient au galop ! Vous le chasseriez en vous disant, par un excès de gravité : « Au travail! Et n'oublions pas que nous ne sommes pas là pour nous amuser. Prenons de la peine ! Du courage ! » Bon moyen de vous l'enlever. Imitez, au contraire, l'excellent Sarcey. Ditesvous que votre besogne présente toujours, par quelque côté, un intérêt prodigieux. Tout l'art de l'élève consiste à découvrir ce côté, et vous le découvrez souvent du premier coup, d'instinct, lorsque vous restez gai, simple et bon enfant. C'est le cas de H., par exemple, lorsque, dans sa lettre à Molière, il a eu l'idée d'emmener sa femme... non, la femme du bourgeois, à la Comédie et de la représenter comme une Précieuse... Du môme coup, le ton était

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trouvé, plein de naturel, d'enjouement, et le sujet plus qu'à demi traité. Faites comme H. en ce bonjour. Cherchez toujours, sinon la femme, au moins le point curieux, original, celui qui vous frapperait dans une simple conversation sur le sujet. Une fois ce point aperçu, vous pouvez dire comme Horace :

Dimidium facii qui cœpit habet.

Il suffit de l'apercevoir. Là est la différence entre les gens d'esprit et les autres. Et voilà pourquoi la partie littéraire du baccalauréat est affaire de goût, non d'érudition, de réflexion personnelle sur tous les incidents de la vie, non de mémoire et de travail proprement dit devant un pupitre. Et voilà pourquoi les jurys, qui trouvent devant eux tant de jeunes « auteurs », ennuyés et ennuyeux, montent généreusement leurs notes à 17, 18 et même 19 (nous l'avons vu l'an dernier) lorsqu'ils ont la rare surprise de rencontrer un jeune homme simple.

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