‹ De la méthode littéraireChapitre 108 sur 424 · L. — Le mot est de M. Nisard · texte numérisé non relu

L. — Le mot est de M. Nisard

— Tant pis pour Nisard ; et tant pis pour ceux qui le copient, au lieu d'exprimer correctement leur propre pen-

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sée. « ... en types luiinains », disions-nous, ou cjiic Molière, « dans sa conception de la comédie, accentue des travers desquels jaillit la crise ». Je serais soulagé de ne pas voir H. « réaliser le critérium d'un genre » ou « extérioriser son moi ». M. me fait véritablement souffrir lorsqu'il me présente avec M. Joui-dain « la gauache bourgeoise dans toute l'ampleur de sa matérialité » ; bref, je déplore l'influence qu'exerce sur vous le langage de plusieurs écoles de critiques, dont la n)eilleure ne vaut rien. Je n'aime pas davantage les métaphores surannées qui furent à la mode vers iSi^o : les « points de vue », les « revers de la médaille », les « horizons », élargis ou non, qui déshonorent vos réflexions sur la société du grand siècle, m'affligent autant que la vue d'une pendule Louis-Philippe sur une cheminée du Grand Trianon. Mais celles-là, du moins, ne sont pas prétentieuses ; elles sont usées, trouées aux coudes; elles ne sentent pas leur pédant... Quand cesserezvous donc d'emprunter leur pire jargon à ceux qui ne veulent voir dans les Lettres que ce qui nest pas littéraire, qui parlent de science là où il ne devrait être question que de goût, et dont les formules ambitieuses m'inspirent une horreur sacrée? — Il serait plus facile encore de vous lire des cascades de qui et de que, de prépositions et de conjonctions. Je vous présenterais, au hasard, dans la copie de G., par exemple, des marquis qui ne respectent pas plus les lois de l'harmonie que la chanson des Turcos,

Avec leur chic exquis Qu'ils doivent à qui ? à qui ?

A Bourba/ii .'

Je jetterais toutes pantelantes, devant vos yeux émus, de pauvres phrases difformes, désarticulées, bossues, boiteuses, des monstres..., toutes nos misères, toute la partie tératologique de nos malheureuses études. Mais est-il vraiment bien utile de transformer notre classe en un musée Dupuytren ? Platon recommandait de mettre sous les yeux de la jeunesse de belles formes harmonieuses ; procédé méconnu jadis par certains maîtres, qui faisaient écrire au

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tableau les fautes les plus scandaleuses. Je préfère Platon à ces vieux professeurs, et la vue d'une œuvre d'art à la contemplation du pilori. Ecoutez les hommes instruits, lisez des ouvrages bien écrits, et surveillez votre langage. Soyez exigeants pour vous-mêmes, refusez-vous les termes vagues et les tournures négligées, et tâchez d'être toujours plus précis, plus clairs, plus corrects. Quand vous éprouverez sincèrement ce besoin de la perfection, vous saurez tout. Tant que vous ne l'éprouverez pas, vous ne saurez rien. Et ce ne sont pas les critiques négatives, les reproches et les moqueries qui le feront naître dans votre àme.

Je crains donc fort, mon cher E., que votre demande ne soit aussi superflue que peu charitable. Négligez ces futilités, ne vous attachez pas aux critiques puériles, rappelez-vous que La Bruyère a traité la moquerie d' « indigence d'esprit », et pratiquez la Charité. Joignez-y le plus possible la Foi, c'est-à-dire l'ardeur, la passion, l'enthousiasme ! Et bientôt, sans doute, vous pourrez, songeant à l'examen futur qui projette sur nous ses ombres, y ajouter l'Espérance.

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