L1-: STYLE DE CORNEILLE UNE TIRADE DE 2:J VERS
COMPTE RENDU DE LACLASSE
Les exercices que nous avons jusqu'ici pratiqués (sauf l'explication d'une page de Descartes) portent sur des passages étendus, des chapitres entiers, parfois même des livres que nous avons essayé de comprendre en les résumant. Boileau nous l'a rappelé :
Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement.
La meilleure manière d'apprendre à écrire est de s'attacher .aux idées, et, s'il nous fallait absolument choisir entre deux méthodes différentes, j'aurais encore plus de confiance dans de longues lectures largement comprises que dans l'étude minutieuse de quelques lignes. Heureusement, nul ne nous met dans celte cruelle alternative. Si nos Instructions récentes (i) laissent voir une préférence marquée pour le second genre de lecture, elles l'econimandent également le premier, et elles admettent qu'il est bon de les compléter l'un par l'autre. Elles ajoutent, pourtant, que, seule, la seconde méthode, la lecture expliquée d'un texte restreint, vous donne un sentiment juste de l'expression précise. « Choisir et préciser », disent-elles : voilà les deux mots qui contiennent tous les conseils possibles relatifs à l'explication française. Et il est bien certain que cette précision dans le choix implique l'étude d'un texte d'étendue très modérée. Essayons de voir, dans notre série d'études
(i) Instructions officielles disiribnées en mars igoy. L'enseignement du français (p. ll^).
176 LESPKIT CLASSIQUE AU XVU'' SIECLE
sur le style du \vn* siècle, ce que pourra nous donner le procédé à la mode. Il y est bien à sa place.
« Choisir un texte intéressant... », continuent les Instructions. Le conseil n'est peut-être pas aussi banal qu'il paraît l'être. Si, comme nous lavons avancé dès notre première classe, il n'y a d'intéressant que les idées générales, notre premier soin sera de ne choisir que des textes qui se rattachent sans peine à une de ces idées. Une idée morale, une idée scientifique, une idée historique, philosophique ou politique, et toujours une idée vivante, qui appartienne au présent et à l'avenir plus qu au passé, voilà ce que nous devons d abord chercher dans un auteur.
« Le choisir, disent-elles encore, d'étendue mesurée », et la mesure nous est par là même indiquée. Nous prendrons juste autant de lignes qu'il en faut pour démontrer l'idée choisie ; pas une de moins, pas une de plus. Une idée par explication; une explication par idée... L'expérience nous montrera quel est, suivant les cas, le chiffre convenable. J'incline à croire, avec les inspecteurs généraux, que ce chiffre n'est jamais très élevé.
Aujourd'hui, Vidée qui fait l'intérêt de notre explication est une des plus importantes, une des plus vivantes aussi que l'on puisse rencontrer. C'est une idée politique : le despotisme doit-il être préféré à la liberté ? Elle a été traitée par Corneille en 22 vers : les vers 499-021 de Cinna (scène i de l'acte II). — Vous allez voir que l'auteur n'a pas même besoin dune page entière pour lui donner toute sa valeur. Il sait, en effet, mieux que personne, choisir l'expression forte et précise ; il dit beaucoup de choses en peu de mots, parce que les mots sont pleins de choses. Essayons de le bien comprendre et de retrouver dans ses mots les belles choses qu'il y a mises.