‹ De la méthode littéraireChapitre 110 sur 424 · I. — Plan et caractère du discours · texte numérisé non relu

I. — Plan et caractère du discours

Vous vous rappelez la situation. Auguste a consulté Maxime et Cinna pour savoir s'il doit ou non abdiquer. Maxiuje vient de lui conseiller honnéleujent l'abdication et

LE STYLE DE COUNEILLE irn

se félicite d'obtenir ainsi, sans violence, le résultat qu'il souhaitait. Cinna, lui aussi, est républicain ; il veut rétablir l'antique liberté ; vous croyez peut-être qu'il va donner le même conseil, l'honnête et simple conseil si bien formulé par Maxime?... Vous ne connaissez pas le cœur d'un amoureux !

B. — 11 veut à tout prix tuer Auguste pour venger Emilie.

— Oui, ce révolutionnaire, avant de servir sa patrie, sert la vengeance d'une femme... C'est un très vilain caractère. Il va donc dire le contraire de ce qu'il pense, et soutenir, pour les besoins de la cause, une thèse qu'il désapprouve. Il va montrer les avantages du despotisme, et les inconvénients de la liberté. Il va faire un plaidoyer d'avocat. Ce genre de discours est-il rare aujourd'hui ?

— Non, non !

— Assurément ! Il est même dans beaucoup de cas nécessaire. L'avocat désigné d'office, l'avocat qui accepte, par nécessité professionnelle, la défense d'un bandit, manquerait à son premier devoir s'il ne présentait pas les arguments favorables à son client sous un jour avantageux...

B. — En dissimulant avec soin les autres !

— Vous l'avez dit ! Le mensonge par omission est la 6 c du métier. Mais, répétons-le, ce procédé, chez un avocat, est nécessaire, honorable ; il lui est imposé, bien souvent, par le tribunal lui-même, puisque la loi ne veut pas qu'un accusé reste sans défenseur. Que diriez-vous, en revanche, d'un révolutionnaire, à qui l'on offrirait d'obtenir sans désordre, sans violence, par le simple jeu des lois, le résultat qu'il souhaitait, et qui, par intérêt personnel, par passion, par vengeance, prononcerait un discours contraire à ses convictions ? Telle est ici la conduite de Cinna. — Montrez-nous son procédé, B.

— Dans les six premiers vers, Cinna commence par exposer sa thèse, sa mauvaise thèse : la liberté est inférieure au despotisme :

Si l'amour du pays doit ici prévaloir,

C'est son bien seulement que vous devez vouloir ;

Bezard. — Méth. 12

l'jS LESPKIT CLASSIQUE AU XVIl' SIÈCLE

Et celte liberté, qui lui semble si chère,

N'est pour Rome, Seigneur, qu'un bien imaginaire,

Plus nuisible qu'utile, et qui n'approche pas

De celui qu'un bon prince apporte à ses Etats.

Il rappelle ensuite :

i) les qualités du despotisme (y. 7-10), sans parler des défauts de ce fâcheux régime :

Avec ordre et raison les honneurs il disponse, Avec discernement jmnit et récompense, Et dispose de tout en juste possesseur. Sans rien précipiter de peur d'un successeur.

2) les défauts de la démocratie (v. 11-22), sans souffler mot des bienfaits de la liberté :

Mais quand le peuple est maître, on n'agit qu'en tumulte :

La voix de la raison jamais ne se consulte ;

Les honneurs sont vendus aux plus ambitieux,

L'autorité livrée aux plus séditieux.

Ces petits souverains qu'il fait pour une année,

Yovant d'un temps si court leur puissance bornée,

Des plus heureux desseins font avorter le fruit.

De peur de le laisser à celui qui les suit.

Comme ils ont peu de part au bien dont ils ordonnent.

Dans le champ du public largement ils moissonnent.

Assurés que chacun leur pardonne aisément.

Espérant à son tour un pareil traitement.

Et la cause est plaidée. Il peut conclure audacieuseraent : Le pire des Etats, c'est l'Etat populaire.

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