‹ De la méthode littéraireChapitre 116 sur 424 · L EXPRESSION DANS LA FONTAINE I QQ · texte numérisé non relu

L EXPRESSION DANS LA FONTAINE I QQ

même, juste ce qu'il faut d'azur pour secouer lindifférence d'un bourgeois prosaïque. Il y a de tout dans la cervelle d'un sot, même de l'esprit, même de 1 imagination, même... » et, se tournant vers la classe : « Allons, qui dira le mot ? La l'^ontaine est un homme d esprit, mais aussi, mais surtout, il est... quoi ? »

Un klève. — Un poète!

— Kh oui, un poète ! Et si les personnages eux-mêmes sont un peu terre à terre, nous les voyons agir, du moins, dans un décor poétique. Le marais, l'étang, vers midi, à l'heure où les animaux repus sommeillent, où l'on n'entend pas d'autre bruit que le bourdonnement des moustiques... Les plaisirs que promet la grenouille sont précisément de ces plaisirs simples que l'on trouve au bord de l'étang : le bain délicieux dans l'eau tiède, au milieu des roseaux et des nénuphars, les curiosités naturelles, « les raretés à voir le long du marécage », la beauté de ces lieux champêtres... Le joli décor! Le gracieux intermède ! Le ppète dramatique, sans doute, a fait parler les personnages ; mais le poète lyrique a peint le décor, dont les teintes, après deux cent cinquante ans, n'ont rien perdu de leur fraîcheur. — Et maintenant, vous pouvez revenir au drame. Il approche. Le moment arrive où nous n'aurons plus le loisir de nous attarder au décor. »

Ainsi intervint l'aimable inspecteur. Vous avez pu remarquer qu'il y a, dans une classe de ce genre, deux ou trois instants favorables où notre hôte peut intervenir sans se substituer à nous, de manière cependant à nous encourager et à nous remettre au besoin dans la voie. Ces minutes sont assez rares : il faut savoir les saisir; mais quand l'inspecteur sait les saisir, la classe en est illuminée. Ici, on avait signalé à propos un côté important du commentaire, que nous allions négliger... Puis, discrètement, l'on me rendit la direction pour ne plus prononcer que des mots isolés... Mais la glace était complètement rompue. Nous reprîmes donc avec plus de confiance:

— L'n mot encore avant d aborder le drame. Résu-

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mons les sentiments que tâche d'éveiller dans le cœur du pauvre rat notre agent de publicité. Quels sont-ils ?

— La curiosité, (i)

— Oui ; la curiosité n'est pas le privilège des hommes intelligents. Il n'y a qu'une différence entre eux et... les rats. Les gens d'esprit sont curieux des choses dignes d'être retenues, tandis que les autres s'attachent à des puérilités vulgaires : ils s'intéressent de préférence à ce qui n'est pas intéressant. Aussi la grenouille a-t-elle soin, par précaution, d'invoquer des arguments plus solides. Elle fait appel à un second sentiment, un mauvais sentiment, bien entendu. Lequel ?

— La vanité.

— Justement! Il est très agréable de voir les choses. Pourtant, beaucoup de gens ne vont les voir que pour dire qu'ils les ont vues, pour les raconter, pour se lancer, en famille ou ailleurs, dans des considérations artistiques (la beauté de ces lieux), morales (les mœurs des habitants), et surtout, ah! surtout... Quel est le sujet, le plus difficile de tous, celui qui exige des gens sérieux une grande expérience des choses et des hommes, du jugement, de la prudence, une modération extrême... et que le premier venu se flatte de connaître parfaitement d'après son journal à un sou ?

Toute la classe. — La politique !

— Vous l'avez dit !

Et le gouvorncment de la chose publique Aquatique !

Remarquez bien, du reste, qu'il s'agit de la chose publique aquatique. Ce ne peut être la chose publique de Versailles, de Paris ou de Carpentras. Non, le poète est trop innocent, trop discret pour faire ici la moindre allusion à nos affaires... Et il arrive bien vile, pour ne pas se compromettre, à la péroraison.

(i) Lorsque aous n'indiquons pas d'initi.ile, plusieurs élèves ont répondu ù la fuis.

I, KXPRESSKJN n.V.\S I.A F<»NTA1>E 20I

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