‹ De la méthode littéraireChapitre 148 sur 424 · III. — De quelques erreurs ou exagérations · texte numérisé non relu

III. — De quelques erreurs ou exagérations

Pourquoi faut-il que dans ces textes mêmes, si originaux, si profonds, il se laisse entraîner par son ardeur à des erreurs évidentes ? Les voyez-vous ?

B. — Il commet une série d'erreurs matérielles en confondant le siècle de Périclès et celui d'Alexandre, l'époque de Cicéron et celle d'Auguste. 11 fait honneur au despotisme des talents nés, au contraire, aux époques de liberté, et grâce à la liberté... Il couvre de fleurs l'Italie corrompue de la Renaissance... Les détails même, contradictoires, qu'il donne dans les pages suivantes montrent combien est artificielle sa théorie des « quatre âges heureux »...

— Vous avez raison. Pourtant ces erreurs n'ébranlent pas la solidité du principe. Les œuvres de l'intelligence restent l'honneur d'Athènes et de Florence ; Cicéron et Virgile ont plus fait qu'Auguste lui-même pour la gloire de Rome ; et les arrands noms du xvii'' siècle sont bien

ceux des savants, des philosophes, des artistes que Voltaire cite avec amour dans sa lettre à Thieriot. — Je vois une autre erreur plus grave, une erreur morale, une erreur de principe... Elle est à peine apparente dans le Siècle de Louis AIV, parce que Voltaire était obligé de garder des ménagements, mais elle saute aux yeux dans la lettre à Thieriot, où il dépassait plutôt sa pensée... La voyez-vous ? Vous, de B. ? Lisez la proposition contestable.

— Il ne reste plus rien que le nom de ceux qui ont conduit des bataillons et des escadrons ; il ne revient rien au genre humain de cent batailles données...

— Et il ajoute, pour être plus clair, que les « saccageurs de provinces » ne sont pas de grands hommes, nétant « que héros ». — Eclairés par cette confldence, nous comprenons la portée des lignes suivantes de l'Introduction : « Il ne faut pas qu'on s'attende à trouver ici... les détails immenses des guerres, des attaques de villes prises et reprises par les armes, données et rendues par des traités. » Sous prétexte de laisser de côté des « détails », et de rappeler les « grands événements », Voltaire laisse entendre que la guerre, en elle-même, n'est pas un grand événement, qu'elle ne peut « servir d'instruction et conseiller l'amour de la vertu, des arts et de la patrie ». N'a-t-il pas, d'ailleurs, toute sa vie, signalé dans la guerre et la superstition les deux fléaux par excellence qui accablent l'humanité ? Qu'en pensez-vous ?.

B. — Sans préjuger de l'avenir, il semble bien que, pour le passé. Voltaire exagère quelque peu en disant qu' « il ne revient rien au genre humain de cent batailles données ». S'il y avait eu beaucoup de guerres stériles ou ruineuses, d'autres avaient amené, en faveur de certains peuples, un accroissement de force, de richesse et de bienêtre. Il n'est pas sûr que la Gaule devenue gallo-romaine se soit trompée en témoignant tant de sympathie à ses vainqueurs ; le glaive des Capétiens a souvent défendu le bourgeois opprimé contre le baron pillard ; si la force militaire a permis de criantes injustices, elle en a empêché d'autres...

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