‹ De la méthode littéraireChapitre 149 sur 424 · LA CIVILISATION DÉFINIK PAK VOLTAIRE · texte numérisé non relu

LA CIVILISATION DÉFINIK PAK VOLTAIRE

— C'est évident. Aussi s'agit-il moins pour nous de voir si le pacifisme de N'ollaire est juste ou non, en lui-même, que de nous expliquer comment un homme si intelligent a pu. être pacifiste à ce point. Comme le disait M. Cahen l'an dernier dans cette conférence à laquelle je ne me lasse pas de revenir, le but de la lecture est de comprendre, de parfaitement comprendre la pensée de l'auteur : expliquer, c'est trouver les causes d'une opinion qui paraît d'abord inexplicable... Or, ici, je vois au moins un motif pour lequel Voltaire a dû condamner sans circonstances atténuantes la guerre et les hommes de guerre : les guerres auxquelles il avait assisté étaient non seulement stériles et inhumaines, mais désastreuses pour la F'rance. Rappelezvous : il avait vu, dans sa jeunesse, la guerre de Succession d'Espagne...

B. — La famine, aggravée par la mauvaise saison, avait même produit sur lui une impression si profonde que, quarante ans plus tard, il écrivait au marquis d'Argenson : « Vous vous souvenez de l'hiver de 1709! » — La cherté des vivres avait été si grande cette année-là que le père Arouet avait dû augmenter de cent livres la pension de son fils au collège Louis-le-Grand, pour qu'il eût du pain toute l'année.

— Quelle érudition ! Elle est digne de votre ami A. ! Où l'avez-vous puisée ?

B. — Hier soir je lisais cette citation dans le livre de Pierron, Voltaire et ses Maîtres, que je pai-cours afin de traiter le premier sujet de dissertation.

— Voilà une méthode qui réjouirait M. Lanson. Vous cherchez dans l'auteur lui-même les textes qui peuvent le mieux nous expliquer sa pensée ; vous savez recourir aux « sources » ! — Voyez-vous encore d'autres guerres inutiles et nuisibles à celte époque i'

H. — Sous Louis Xl\', la guerre de Succession d'Augsbourg, avec le ravage du Palatinat.

— « Les saccageurs de provinces ! »

de M. — Sous Louis X^', au moment où Voltaire écrivait, la guerre de Succession de Pologne.

A. — Louis XIV lui-même avait reconnu, à son lit de mort, cette erreur de sa politique : « J'ai trop aimé la guerre ! »

— Et le mot lui fait honneur. Il avait eu le toi't de croire que la force militaire pouvait indéfini ment assurer le triomphe d'une nation, et il avait follement compromis l'œuvre de Colbert. Son successeur a continué. Voltaire, au contraire, voit dès ce moment ce que l'Angleterre nous a prouvé depuis. La force militaire repose sur la force sociale, et la force sociale est faite d'intelligence, de travail, d'industrie pacifique. La guerre et la diplomatie ne sont que le sanglant ou le brillant décor de la tragédie humaine. Les progrès de la raison, le développement du bien-être, l'établissement de relations plus fréquentes entre les peuples, telles sont les forces cachées qui tendent à rendre moins violentes les relations internationales. Le but de l'historien est de les mettre en lumière. L'erreur de nos gouvernements est d'avoir presque toujours méconnu cette vérité. La guerre de Succession d'Autriche, la guerre de Sept ans et les guerres du xis*" siècle ne donneront malheureusement pas tort à Voltaire : chacune d'elles nous a coûté un morceau de notre pays. « Nous avons trop aimé la guerre ! »

Ce n'est pas une raison, bien entendu, pour tomber dans l'excès opposé, et faire de Voltaire un antimilitariste vulgaire ! Nous avons tâché de voir les motifs de son opinion; ils étaient sérieux; ils justifiaient alors son ardeur d'apôtre. Mais soyez sûrs qu'à l'heure actuelle il saurait tenir compte de toutes les circonstances ; il n'oublierait pas que le droit n'est rien s'il n'est soutenu par la force, et que, plus on acquiert de richesses, plus il faut développer en soi le courage, l'esprit de discipline, le culte de l'honneur, toutes les qualités, en un mot, qui rendent digne d'une grande fortune et capable de la défendre. — Retenez seulement de ces beaux textes le principe juste, incontestable, dont certaines exagérations ne diminuent pas la portée :

Le but de l'historien est de peindre 1' « esprit des hom-

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mes », et de montrer comment il prépare les « siècles éclairés ».

Son moyen préféré doit être de louer « ceux qui ont excellé dans l'utile et dans l'agréable », qui ont « préparé des plaisirs purs et durables aux hommes qui n'étaient point encore nés ».

Ses conclusions seront toujours l'éloge du génie qui instruit, civilise et « conseille l'amour de la vertu, des arts et de la patrie ». En est-il de plus nobles et de plus pratiques ?

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