OU LA DÉCOUVERTE DES CAUSES DANS LE CHAPITRE X DU SIÈCLE DE LOUIS XIV
SOM MAIRE
1. La découverte des causes physiques, et les liens qui unissent l'homme à la terre.
L'histoire expliquée par la géographie physique et économique dans le tableau que Voltaire trace de la Hollande (p. 128 et 129).
2. La découverte des causes morales, et la suite logique des événements dans l'histoire d'un peuple.
Cinq causes différentes à trouver (p. i3o, i3i, iSa et i33).
COMPTE RENDU DE LA CLASSE
Nous avons été frappés du caractère philosophique de l'histoire dans Voltaire; essayons d'en définir le caractère scientifique. Tâchons de découvrir, après le principe, la méthode, et voyons comment l'auteur du Siècle de Louis XIV a fait de l'histoire une science véritable.
Et par là je n'entends pas le travail préparatoire, la critique dans le choix préliminaire des documents, mais l'art de relier les événements à leurs causes et d'expliquer les phénomènes par les lois qui les régissent.
Dans le texte qui nous occupe, Voltaire commence par rattacher fortement l'homme à la terre et cherche dans la
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nature du sol rex})lication des faits : rhomme, étant soumis, au même titre que tous les êtres animés, aux lois générales de la nature, dépend du milieu dans lequel il vit; l'histoire doit s'appuyer sur la géographie. L'échec de Louis XIV, le salut inespéré de la Hollande, sont dus à des causes physiques; et c est pour en avoir ignoré l'importance que les généraux de Louis Xl\' ont laissé fuir la victoire. Oui, ce brillant état-major méprisait la géographie ! Il n'avait pas assez étudié le terrain des opérations futures; il ne connaissait pas la position maîtresse, la clef capable de lui ouvrir le pays. Napoléon, tout au contraire, devra sa supériorité stratégique à une connaissance parfaite de la géographie : il interprétera les cartes, aidé par un admirable service de reconnaissances ; il lira sur le terrain ; il aura le sens topographique; il ne le perdra qu'avec la raison même, lorsqu'il entreprendra une lutte impossible contre l'immensité de la steppe russe. Soyez certains que Napoléon aurait couru sans débrider du Rhin àMuiden; il y aurait au moins envoyé un homme sûr, Davout ou Ney, avec des forces imposantes de cavalerie et d'artillerie... L'étatmajor de Louis XIV nous rappelle plutôt, par malheur, celui de Napoléon III que celui de Napoléon I^"" ; il laisse le sort de la campagne à la merci du hasard, et le hasard, qui faillit favoriser son insouciance, tourna finalement contre lui. Lisez la première partie, de M., et voyez comme la nuance est finement indiquée par Voltaire.
— Déjà Naerden, voisine d'Amsterdam, était prise. Quatre cavaliers allant en maraude s'avancèrent jusqu'aux portes de Muiden, où sont les écluses qui peuvent inonder le pays, et qui n'est qu'à une lieue d'Amsterdam. Les magistrats de Muiden, éperdus de frayeur, vinrent présenter leurs clefs à ces quatre soldats ; mais enfin, vovant que les troupes ne s'avançaient point, ils reprirent leurs clefs et fermèrent les portes. Un instant de diligence eût mis Amsterdam dans les mains du roi.
— Voilà le fait.
Voyez comment Voltaire, après nous l'avoir signalé (premier mérite), nous en montre l'importance. Un général capable doublé d'un politique prévoit, avec l'acte lui-même qu'il Bkzard. — Méth, 17
importe d'accomplir, les conséquences de son action rapide et décisive. Un Napoléon aurait aperçu tout de suite les conséquences politiques du coup porté au bon endroit.
Aussi bien Voltaire songe-t-il par avance au procédé qu'emploiera le grand homme de guerre, lui qui poussera toujours droit aux capitales :
Cette capitale une fois prise, non seulement la République périssait, mais il n'y avait plus de nation hollandaise, et bientôt la terre môme de ce pays allait disparaître.
Et comme Voltaire n'avance jamais rien sans l'appuyer sur des documents, il nous produit ses preuves. La mode n'était pas alors de mettre des renvois au bas des pages et de multiplier les citations tirées des pièces d'archives ; mais l'historien s'était renseigné aux bonnes sources: nous le savons par sa correspondance. Ainsi, pour la Hollande...
B. — Il y était allé!
— En effet, mais bien jeune, et pas longtemps. Il n'était pas encore préoccupé d'écrire l'histoire ; il pensait à autre chose...
S. — Pimpette !
— Précisément! Pimpette! Et la retraite précipitée à laquelle l'avaient contraint des incidents d'ordre fort peu scientifique, ne dut pas lui permettre de laisser beaucoup d'autres connaissances dans le pays. Mais plus tard, et dès 1735, il connaissait toute l'Europe, au moins tout ce qui comptait en Europe, grands seigneurs anglais, princes allemands, ministres, financiers, généraux, diplomates, et il savait utiliser de toutes manières ses relations aristocratiques. Xul doute qu'il n'ait été renseigné de première main sur les dispositions de la bourgeoisie hollandaise à ce tournant de son histoire. Nous pouvons le croire lorsqu'il nous affirme qu'elle était absolument découragée. Lisez la suite, de M.
— Les plus riches familles, les plus ardentes pour la liberté...
— Vous le voyez : les deux forces principales, force financière, force morale...
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— ...se pn'paraient à fuir aux citrcmités du monde et à s'embarquer pour Batavia.
— Du reste il cite des chiffres: continuez.
— On fit le dénombrement de tous les vaisseaux qui pouvaient faire ce voyage, et le calcul de ce qu'on pouvait embarquer. On trouva que cinquante mille familles pouvaient se réfugier dans leur nouvelle patrie.
— Voilà les conséquences politiques probables d une campagne vivement menée.
Elles n'auraient pas été les seules: des conséquences économiquesles eussent accompagnées. La ruine de la Hollande, dit \'oltaire, eût été fatalement la suite de cet exode, pour deux raisons. Lesquelles? Lisez la phrase.
— La Hollande n'eilt plus existé qu'au bout des Indes orientales : ses provinces d'Europe, qui n'achètent leur blé qu'avec leurs richesses d'Asie, qui ne vivent que de leur commerce...
La première raison est la ruine du commerce hollandais.
— Poui'quoi ? Ou est-ce que le commerce ?
de M. — Un échange: merx, marchandise, et cam, avec.
— Et qu'est-ce que peut échanger la Hollande ? de M. — Du bétail... Des laitages...